Décharge illégale à Spéracèdes : deux dirigeants de BTP mis en examen et interdits de gestion
Deux dirigeants d'une entreprise de BTP basée à Grasse ont été officiellement mis en examen ce mercredi 1er avril 2026 dans le cadre d'une vaste enquête judiciaire concernant des dépôts illicites de déchets, particulièrement dans la commune de Spéracèdes. Le parquet de Marseille a confirmé ces informations ce vendredi, révélant une affaire environnementale d'une ampleur considérable.
Des accusations multiples et des mesures restrictives
Présentés devant le tribunal judiciaire de Marseille, les deux entrepreneurs font face à des poursuites pour recel de favoritisme ainsi que pour plusieurs infractions graves aux codes forestier, de l'urbanisme et de l'environnement. À l'issue de leur défèrement, les magistrats ont décidé de les remettre en liberté sous contrôle judiciaire strict.
Les mesures imposées sont particulièrement sévères :
- Interdiction formelle de gérer toute société de BTP ou de traitement de déchets
- Obligation de verser un cautionnement substantiel de 50 000 euros
- Contrôle judiciaire renforcé pendant la durée de l'enquête
Une enquête complexe menée par des spécialistes
Ces mises en examen résultent d'une opération minutieuse conduite par les enquêteurs de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP), lancée à partir du 31 mars dernier. L'affaire s'inscrit dans le cadre d'une information judiciaire ouverte le 20 juin 2023 par le Pôle santé publique et environnement (PSPE) de Marseille.
L'origine de cette procédure remonte à une première enquête ouverte en 2012 par le parquet de Grasse, relancée en janvier 2020 suite à une plainte déposée par l'association France Nature Environnement. Depuis 2023, le dossier est instruit par le PSPE de Marseille «en raison de la gravité présumée des atteintes à l'environnement, de la durée des faits sur plusieurs années, ainsi que de la complexité technique et juridique du dossier», précise le parquet.
Des déchets dangereux dissimulés en forêt
L'enquête se concentre sur les conditions dans lesquelles auraient été réalisés plusieurs dépôts illicites de déchets sur différentes communes, avec une attention particulière portée à Spéracèdes. Dans cette zone forestière, un dépôt massif de matériaux divers s'est constitué au fil des années, certains étant qualifiés de dangereux.
Selon les constatations du parquet de Marseille, ces déchets proviendraient directement de chantiers du pays grassois et seraient composés de :
- Plastiques et polystyrène
- Bitume et métaux
- Filets et géotextiles
- Céramiques et carrelages
- Fibrociment et amiante particulièrement dangereux
Les enquêteurs soupçonnent que ces matériaux ont été déchargés progressivement, potentiellement sous couvert de la construction d'une piste DFCI destinée à la défense de la forêt contre les incendies. Cependant, contrairement aux affirmations de certaines parties, les pompiers n'avaient jamais envisagé une telle piste dans ce secteur.
Un exhaussement de 20 mètres dissimulant des déchets
Les dernières vérifications sur le terrain ont révélé une situation alarmante : un exhaussement d'environ 20 mètres de haut, recouvert d'une couche supérieure de terre propre, pourrait dissimuler des couches inférieures constituées exclusivement de déchets. Cette technique de dissimulation sophistiquée complique considérablement les investigations et l'évaluation réelle de la pollution.
Des élus locaux impliqués dans l'enquête
Au cours de l'opération policière, six personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Parmi elles figurent non seulement les deux entrepreneurs, mais également l'actuel maire de Spéracèdes, Jean-Marc Macario, et son prédécesseur, Joël Pasquelin.
Le maire fraîchement réélu, Jean-Marc Macario, a été placé en garde à vue mardi à Marseille avant d'être remis en liberté mercredi après-midi, quelques heures seulement avant le conseil municipal de sa commune. Il affirme être «soulagé» d'avoir pu être entendu par les enquêteurs. Quant à l'ancien maire Joël Pasquelin, compte tenu de son état de santé, il a été entendu à son domicile dans le Morvan.
Deux autres personnes mises en cause ont également été entendues dans le cadre d'auditions libres, selon les informations communiquées par le parquet.
La colère des associations environnementales
Florence Pintus, représentante de l'association locale Aspic qui a alerté France Nature Environnement, exprime son amertume face à la lenteur de la procédure : «Tout ça pour ça. Je ne vois rien de dissuasif dans cette affaire. Pourquoi tout ce temps ? Six ans pour arriver à ça ?»
L'association environnementale s'inquiétait depuis longtemps de la formation progressive de cette décharge sauvage, particulièrement préoccupante dans une zone forestière classée. La complexité technique et juridique du dossier, combinée à la durée des faits sur plusieurs années, explique en partie la longueur exceptionnelle de l'enquête.
L'entreprise de BTP concernée, la SEETP, qui bénéficiait d'une croissance notable grâce à la commande publique dans le secteur grassois ces dernières années, a fait l'objet de perquisitions dans le cadre de cette affaire. Les investigations se poursuivent pour déterminer l'étendue exacte des responsabilités et les conséquences environnementales de ces dépôts illégaux.



