Une commission indépendante alerte sur de possibles nombreuses victimes en Côte d'Ivoire
Une commission d'enquête indépendante, constituée suite à l'affaire Bétharram en France, exprime de vives inquiétudes concernant un nombre potentiellement élevé de victimes en Côte d'Ivoire. Cette congrégation religieuse, présente dans le pays depuis 1959, fait l'objet d'investigations approfondies après les révélations en France.
Des témoignages ivoiriens qui pointent vers un prêtre décédé
Selon Jean-Pierre Massias, président de cette commission, six personnes de nationalité ivoirienne ou originaires de ce pays ont déjà déposé des témoignages dénonçant des agressions sexuelles. Ces faits sont principalement imputés au prêtre Bénat Ségur, décédé en 2010, qui a séjourné en Côte d'Ivoire à deux reprises : durant sa formation jusqu'en 1971, puis de 1990 à 1994 à la paroisse Saint-Bernard d'Adiopodoumé, située en face du siège de la congrégation.
Jean-Pierre Massias souligne que le nombre de victimes pourrait tout à fait augmenter, car lors des rencontres avec les témoins, le constat récurrent était : Ce n'est pas arrivé qu'à moi. La commission envisage donc de recommander une enquête approfondie sur les agissements de la communauté de Bétharram en Côte d'Ivoire.
Une congrégation qui finance sa propre enquête
La Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram, qui a reconnu en mars 2025 sa responsabilité dans près de 250 plaintes pour violences physiques et sexuelles en France, finance cette commission indépendante à hauteur de 120 000 euros sur douze mois. Pilotée par l'Institut Louis Joinet, une ONG française spécialisée dans la justice restaurative, cette commission bénéficie d'une autonomie dans ses investigations.
La loi du silence et le contexte postcolonial
Les témoignages recueillis en Côte d'Ivoire font état d'attouchements systématiques sur les parties génitales et, dans certains cas, de tentatives de viol clairement identifiées. Jean-Pierre Massias met en lumière une domination encore plus forte des prêtres sur les enfants dans ce contexte, qu'il attribue en partie à la dimension postcoloniale.
Les victimes expliquent qu'elles se heurtent à une triple barrière : on ne peut pas accuser un prêtre, on ne peut pas accuser un Blanc, on ne peut pas accuser un homme. Elles craignent que leur communauté ne les croie pas et, pire, les accuse à leur tour, ce qui perpétue une loi du silence particulièrement tenace.
Des investigations qui pourraient s'étendre à d'autres anciennes colonies
La commission prévoit d'élargir ses investigations à la présence de la congrégation de Bétharram dans d'autres anciennes colonies françaises en Afrique, notamment au Maghreb ou en Centrafrique, où deux lieux d'enquête ont déjà été identifiés. Paradoxalement, les autorités religieuses ivoiriennes, rencontrées par M. Massias, affirment ne pas être au courant des faits dénoncés.
À l'issue de leur témoignage, les victimes ivoiriennes pourront, à l'instar des victimes françaises, prétendre à une indemnisation via une autre commission dédiée. Cette démarche vise à offrir une forme de réparation tout en brisant le cycle du silence qui entoure ces agissements.



