Neuf CRS condamnés pour violences contre des Gilets jaunes dans un Burger King en 2018
Près de huit ans après les faits, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son verdict dans l'affaire des neuf CRS accusés d'avoir violemment frappé des Gilets jaunes réfugiés dans un Burger King le 1er décembre 2018. Les membres de la CRS 43 ont été condamnés à des peines d'emprisonnement avec sursis allant de six à vingt-quatre mois.
Des peines supérieures aux réquisitions du parquet
Les condamnations prononcées sont légèrement supérieures aux réquisitions du parquet, qui avait demandé six à vingt mois de prison. Le président du tribunal a souligné que "l'usage de la force ne présentait pas les conditions strictes et impératives de nécessité et proportionnalité". Aucun des neuf CRS condamnés ne s'était déplacé pour entendre le verdict.
Le tribunal n'a pas retenu la peine complémentaire d'interdiction de porter une arme qui avait été requise. Les condamnés pourront donc continuer à exercer leur métier et cette condamnation ne figurera pas dans leurs casiers judiciaires.
Une intervention particulièrement violente
Les faits remontent au troisième acte du mouvement des Gilets jaunes, le 1er décembre 2018. En fin d'après-midi, alors que la place de l'Étoile était saturée de gaz lacrymogènes suite à des dégradations à l'Arc de Triomphe, quelques manifestants s'étaient réfugiés dans le Burger King de l'avenue de Wagram dans le 17e arrondissement, pourtant fermé.
Les CRS les ayant repérés, la compagnie reçut l'ordre d'entrer dans le fast-food pour faire sortir les occupants "le plus rapidement possible avec au besoin usage de la force". La suite fut particulièrement brutale : les forces de l'ordre se ruèrent sur les manifestants sans sommation, les jetèrent violemment à terre avant de les frapper à coups de matraque.
Les images de vidéosurveillance montrent pourtant que les Gilets jaunes n'avaient commis aucune violence ou dégradation dans les locaux. Certains avaient même immédiatement levé les mains à l'entrée des forces de l'ordre pour montrer qu'ils n'étaient pas hostiles.
Des images qui ont fait le tour des réseaux sociaux
Les images de cette intervention, d'une durée de deux minutes et trente-sept secondes, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux. On y voyait des corps couchés entre les tables, des hurlements de douleur et une véritable pluie de coups.
Pendant les investigations, les autorités hiérarchiques ont reconnu que l'intervention n'était pas légitime. Le commandant de l'unité avait même demandé à être mis en examen au même titre que ses subordonnés, soulignant qu'il avait validé le mode opératoire utilisé. La juge d'instruction avait cependant estimé que sa responsabilité pénale ne pouvait être engagée.
D'autres procès en cours concernant les violences policières
Huit ans après le début du mouvement des Gilets jaunes, plusieurs affaires de violences commises par des policiers lors de ce mouvement social d'ampleur commencent à être jugées :
- En mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné à six mois de prison avec sursis le commissaire qui avait ordonné la charge lors de laquelle Geneviève Legay, alors âgée de 73 ans, avait été gravement blessée à Nice en 2019
- Deux policiers doivent être jugés par la cour criminelle départementale de Paris pour avoir éborgné Manuel Coisne et Jérôme Rodrigues
- Vingt-trois éborgnés avaient été recensés par l'AFP lors du mouvement des Gilets jaunes à l'hiver 2018-2019
Ce verdict intervient alors que la justice continue d'examiner les nombreuses violences survenues pendant ce mouvement social qui a marqué la fin des années 2010 en France.



