Le rapporteur public du Conseil d'État valide la dissolution de La Jeune Garde
Le rapporteur public du Conseil d'État, Frédéric Puigserver, a estimé vendredi que les faits reprochés au mouvement d'ultragauche La Jeune Garde justifient pleinement sa dissolution prononcée en 2025. Cet avis, bien qu'indicatif, intervient alors que le mouvement contestait le décret de dissolution pris en Conseil des ministres en juin 2025. La décision définitive du Conseil d'État doit être rendue dans les prochaines semaines.
Une dérive totalitaire dénoncée
Lors de l'audience, Frédéric Puigserver a dénoncé "la dérive totalitaire d'un mouvement qui, au nom de son idéologie, veut non pas combattre ses ennemis mais les éliminer purement de l'espace public et se transformer en une sorte de milice". Le gouvernement accuse La Jeune Garde, créée en 2018 par Raphaël Arnault – devenu député en 2024 et siégeant au sein du groupe LFI à l'Assemblée nationale – de provoquer à des agissements violents contre les personnes, des provocations souvent suivies d'effets.
L'ombre de l'affaire de Lyon
Le mouvement, déjà dissous puisque son recours n'est pas suspensif, s'est retrouvé au cœur de la polémique après la mort en février à Lyon du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque. Plusieurs des agresseurs présumés étaient membres de La Jeune Garde et proches de Raphaël Arnault. Bien que le Conseil d'État ne puisse s'appuyer sur ces faits postérieurs à la dissolution, Frédéric Puigserver a estimé qu'il peut "en tenir compte lorsqu'ils éclairent le passé", ajoutant qu'"ils jettent une lumière trouble".
La défense de La Jeune Garde
"Ne confondez pas virulence et provocation", a répondu l'avocat de La Jeune Garde, Me Paul Mathonnet, à l'argumentaire du rapporteur public. Il a fait valoir que "les violences politiques sont nombreuses et avant tout majoritairement du fait de l'extrême droite". En décrivant une organisation "qui agit à découvert, sincère dans le mouvement social", il a insisté sur l'autodéfense populaire, qualifiée de "mobilisation de terrain, citoyenne" et d'"autodéfense physique" qui, si elle a pu surgir, "n'est que défensive et de dernier recours".
Un avenir incertain pour le mouvement
Me Paul Mathonnet a reconnu qu'après le drame de Lyon, l'invalidation de la dissolution est devenue "extrêmement difficile". Il a assuré que La Jeune Garde le savait "pertinemment" et qu'elle ne pourra "poursuivre ses activités, quand bien même la mesure sera annulée". Pour l'avocat, "l'enjeu n'est pas tant dans la dissolution que dans les motifs" que retiendra le Conseil d'État, appelant à ne pas "invalider l'avenir". Par ailleurs, une enquête a été ouverte fin février après un signalement du ministère de l'Intérieur soupçonnant une reconstitution du mouvement.



