Une affaire judiciaire insolite à Monaco
Le tribunal correctionnel de Monaco a jugé, fin mars, une affaire pour le moins surprenante impliquant une jeune Française de 21 ans. Nour, prévenue pour usurpation d'identité, avait utilisé le nom de sa propre sœur afin d'échapper à ses responsabilités pénales dans une affaire de trafic de stupéfiants et de blanchiment d'argent.
L'arrestation et la supercherie
Le jeudi 26 mars, la jeune femme a été interpellée en Principauté de Monaco en possession de cannabis, à la fois sous forme d'herbe et de résine, ainsi que de plusieurs milliers d'euros en espèces. Ces fonds étaient le fruit d'une livraison de stupéfiants. Tout au long de la procédure judiciaire, elle a persisté à utiliser l'identité de sa sœur, Rahma, trompant ainsi les enquêteurs de la Sûreté publique, le procureur général et les magistrats.
Initialement, elle a été condamnée à 2 mois de prison, dont 45 jours avec sursis, assortis d'une interdiction de paraître en Principauté. Elle a été conduite à la maison d'arrêt, où son véritable identité n'avait pas encore été découverte.
La révélation de la vérité
La supercherie a été révélée lorsque la famille de Nour a signalé sa disparition aux autorités, mentionnant son vrai nom et non celui de sa sœur. Florestan Bellinzona, président du tribunal, a souligné l'absurdité de la situation lors de l'audience du 31 mars. « Vous avez menti tout le long et, aujourd'hui, votre sœur a un casier judiciaire à Monaco. Si on ne s'était rendu compte de rien, vous seriez donc ressortie de prison sans casier judiciaire », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que si Rahma, la sœur, avait mis les pieds à Monaco, elle aurait pu être arrêtée et condamnée à 45 jours de détention sans comprendre la raison, illustrant ainsi les conséquences graves de l'usurpation d'identité.
Les plaidoiries et le verdict
Dans le box des prévenus, Nour a tenté de justifier ses actes en expliquant qu'elle pensait avoir été arrêtée pour un problème de permis de conduire, qu'elle ne possède pas. « J'ai eu peur et j'ai pensé que ça passerait. J'aurais dû corriger après », a-t-elle concédé, semblant minimiser la portée de ses mensonges.
Frédéric Cousin, premier substitut du procureur général, a requis un mois de prison ferme, arguant que la prévenue avait cherché à se défausser sur sa sœur et faisait preuve d'un « jusqu'au-boutisme » dans sa délinquance, bien que son casier judiciaire soit vierge par ailleurs.
Me Clyde Billaud, l'avocat de la défense, a plaidé pour de la clémence, invoquant une erreur et suggérant que les services de police devraient systématiquement demander les papiers d'identité lors des contrôles pour éviter de telles situations. Il a souligné que la seule victime réelle était la sœur de Nour.
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet et a condamné Nour à un mois de prison ferme pour usurpation d'identité, mettant ainsi fin à cette affaire qualifiée de « lunaire » par les observateurs judiciaires.



