Une décennie d'enfer numérique pour l'actrice allemande
Victime de contenus pornographiques falsifiés diffusés en ligne depuis dix ans, l'actrice, animatrice et mannequin allemande Collien Fernandes a finalement décidé de briser le silence. À 44 ans, elle porte officiellement plainte contre son ex-mari, l'acteur et animateur Christian Ulmen, âgé de 50 ans. L'affaire, qu'elle qualifie d'"incroyablement dure", a éclaté fin 2024 lorsque son mari lui a avoué, dans une chambre d'hôtel à Hambourg, être à l'origine des fausses vidéos pornos circulant en son nom sur internet.
L'influence déterminante de l'affaire Pelicot
Dans un premier temps, Collien Fernandes a hésité à engager des poursuites judiciaires. C'est son avocate qui l'a convaincue en évoquant le cas de Gisèle Pelicot, la Française devenue figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles après avoir témoigné publiquement des viols commis par des dizaines d'hommes recrutés par son ex-mari. "C'est l'affaire Pelicot du numérique", a déclaré la juriste, selon le récit de l'actrice. "Cette phrase m'est vraiment restée en tête, et je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser s'en tirer comme ça", confie Collien Fernandes, interviewée à distance depuis Berlin alors qu'elle était en tournage à Singapour.
Un système de manipulation élaboré
L'actrice décrit un véritable calvaire numérique : faux profils sur les réseaux sociaux, vidéos pornographiques "trafiquées" envoyées à ses contacts, photos nues falsifiées, le tout rendu de plus en plus réaliste grâce aux progrès technologiques et à l'intelligence artificielle. Elle accuse Christian Ulmen d'avoir dupé une trentaine d'hommes, dont certains de son entourage professionnel, en leur faisant croire qu'ils entretenaient une relation secrète en ligne avec elle. Cette manipulation aurait duré parfois plusieurs années, avec l'envoi de fausses images dénudées et des conversations téléphoniques à caractère sexuel utilisant une voix trafiquée.
La découverte d'un scénario insoutenableLe point de rupture survient lorsque Collien Fernandes découvre un scénario fantasmé écrit et diffusé par son mari, dans lequel elle est décrite se faisant violer, en larmes, par 21 hommes. "Voir que quelqu'un qui prétend m'aimer puisse se délecter d'une histoire dans laquelle je pleure m'a anéantie", raconte-t-elle, émue. Elle divorce quelques mois après les aveux de son conjoint, qui refuse de lui donner les noms des destinataires des messages, prétextant avoir "trop honte".
La force trouvée dans le combat d'une autre victime
Après ces révélations insoutenables, Collien Fernandes se plonge dans le dossier Gisèle Pelicot, une affaire qui résonne profondément en elle. Elle avoue ne pas pouvoir lire un article en entier sur ce sujet sans "éclater en sanglots". C'est "la force" affichée par la Française qui lui donne finalement le courage de porter plainte, afin de mettre un terme aux rumeurs la concernant et de mener un combat au nom des victimes moins visibles des violences numériques. "J'aimerais beaucoup la rencontrer", explique l'actrice, visiblement touchée par ce parallèle.
Répercussions judiciaires et mobilisation publique
Lorsqu'elle raconte son histoire à l'hebdomadaire allemand "Der Spiegel" dans un article publié le 21 mars, Collien Fernandes suscite un élan de solidarité mais reçoit également des menaces de mort. Le parquet allemand a déclaré avoir retenu un "soupçon initial" contre Christian Ulmen, qui conteste certains faits, notamment les accusations laissant entendre qu'il aurait créé et diffusé des deepfakes pornographiques.
Les ex-conjoints attendent maintenant de savoir si le dossier sera traité en Allemagne ou en Espagne, où ils résident, où leur enfant est scolarisé et où la législation concernant les violences en ligne est plus stricte. L'affaire Fernandes exerce également une pression sur le gouvernement allemand du chancelier conservateur Friedrich Merz pour qu'il élabore rapidement un projet de loi sur les violences en ligne, notamment liées aux deepfakes.
Un appel à des peines plus sévères"J'attends des peines plus sévères en Allemagne, pour faire comprendre aux coupables que ce n'est pas acceptable !", s'exclame l'actrice, qui se dit "énormément touchée" par le soutien de dizaines de milliers de manifestants rassemblés ces dernières semaines à travers le pays. Pour se reconstruire après une telle trahison, Collien Fernandes suit "une thérapie intensive". Elle précise que parmi les autres victimes de violences numériques qu'elle a rencontrées, beaucoup ont développé des "troubles de stress post-traumatiques", soulignant ainsi l'impact psychologique dévastateur de ces agressions.



