Bruno Becquet relaxé pour banqueroute, condamné pour harcèlement moral
Becquet relaxé pour banqueroute, condamné pour harcèlement

Alors que le tribunal l’avait condamné à deux ans de prison ferme en juillet 2025, Bruno Becquet a été relaxé ce jeudi 21 mai du chef de banqueroute, jugé « seulement » coupable de harcèlement moral. Ce jeudi 21 mai, dans la salle des Pas perdus, la satisfaction a changé de camp. Le tribunal correctionnel de La Rochelle présidé par Emmanuel Planque a rendu sa décision dans le volet pénal de l’affaire dite Stenico, en grande partie en contradiction avec le jugement par défaut prononcé par la même juridiction présidée par le magistrat Paul Roubeix en juillet 2025. Absent lors de ce premier procès, Bruno Becquet avait pu contester la décision et obtenu une nouvelle comparution en date du 2 avril 2026.

Un second round gagnant pour l’ex-patron

L’ex-patron de l’entreprise de télévente, aujourd’hui âgé de 74 ans, remporte ce deuxième round. La première composition le reconnaissait coupable d’avoir volontairement mené au naufrage la société Stenico acquise en 2017 pour l’euro symbolique, dans l’unique but d’anéantir ce principal concurrent de son entreprise Ivoo. Quand ce tribunal le condamnait à deux ans de prison ferme et à des centaines de milliers d’euros de dommages et intérêts, le deuxième l’a relaxé ce jeudi 21 mai des chefs de banqueroute et a déclaré sa saisine irrecevable pour le délit d’abus de biens sociaux. Reste le harcèlement moral commis sur les 78 ex-employées de Stenico pour lequel il est condamné à un an de prison avec sursis simple et 20 000 euros d’amende. Ses biens saisis, estimés à plus de 4 millions d’euros, lui sont restitués. En peine complémentaire, il a l’interdiction de gérer une entreprise pendant cinq ans. Bruno Becquet est, à ce jour, retraité et n’a plus d’activité professionnelle.

Réactions des parties

Les ex-télévendeuses sont abasourdies par ce jugement. « On est écœurées, en colère », lancent-elles à la sortie de la salle. Autant que leur avocate, Me Alexandra Dupuy, qui porte ce dossier depuis presque dix ans. « Entre la première et la deuxième audience, le dossier était pourtant le même », insiste-t-elle, plongée dans l’incompréhension. Pas aux yeux de la partie adverse, qui félicite ce jugement, non sans étriller le parquet de La Rochelle. « Je suis content, soulagé même, réagit le conseil de Bruno Becquet, Me Jean Gonthier. Ce jugement est un désaveu du parquet sur ce dossier qui n’était ni fait, ni à faire. Une enquête a rarement été aussi mal menée. Vous avez là exactement tout ce qu’il ne faut pas faire. »

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Le parquet, qui a la possibilité de faire appel, appréciera. Me Gonthier n’est pas étonné outre mesure de la différence radicale de décision entre les deux audiences. « Nous avons ajouté plusieurs pièces depuis le premier procès, mon client est venu, a pu être entendu. Dans ce contexte, la décision aurait été la même. Là, c’est un vrai jugement. On lui rend son patrimoine immobilier familial. » Concernant le harcèlement, il balaye. « Toute cette équipe ne voulait pas travailler avec mon client. »

Une troisième manche possible

Cette fois-ci, le tribunal motive sa décision par le fait que « l’élément matériel du détournement d’actif n’est pas établi », que l’engagement de Bruno Becquet « dans le redressement de la SAS Stenico n’était pas motivé par un souci d’appropriation de l’actif de cette société, dans la mesure où, en proposant un plan de redressement par continuation de l’activité de l’entreprise, il s’engageait notamment à assumer son entier passif ainsi que l’ensemble du personnel ». De fait, « par-delà la question de la caractérisation des éléments matériels de la banqueroute prétendument commise par le prévenu, son élément intentionnel fait en l’espèce défaut. Bruno Becquet sera donc nécessairement renvoyé des fins de la poursuite du chef délictuel de banqueroute ».

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Me Dupuy s’étrangle. « Pourquoi ordonner l’interdiction de gérer une entreprise s’il n’y a pas de banqueroute ? C’est dire, en creux, qu’on n’a pas suffisamment confiance en Bruno Becquet. » Le prévenu devrait se satisfaire de sa condamnation pour harcèlement moral. La défense ne tremble pas à l’idée que le parquet interjette appel et que le dossier soit rejugé à Poitiers. « Je n’ai aucun doute que la cour confirme la relaxe de banqueroute », affirme Me Gonthier. Et d’ajouter, cinglant : « Si le parquet fait appel, il ne fera qu’aggraver son cas. » Pour les ex-salariées, ce serait, au contraire, le procès de la dernière chance.