Le parquet de Nice a requis, ce mardi 7 juillet 2026, des peines sévères contre deux streamers jugés pour violences et humiliations en ligne ayant précédé la mort en direct de Jean Pormanove en août 2025. Owen Cenazandotti, alias Naruto, risque 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique et 30 000 euros d'amende. Safine Hamadi, dit Safine, encourt 18 mois avec sursis probatoire et 15 000 euros d'amende. À ces peines s'ajoute une mesure inédite : le « bannissement numérique », une interdiction de publier sur les réseaux sociaux.
Qu'est-ce que le bannissement numérique ?
Nouveau dans le paysage juridique, le « bannissement numérique » est issu de la loi du 21 mai 2024 visant à « responsabiliser les fournisseurs de services numériques d'une part et mieux réguler les comportements illégaux en ligne d'autre part ». Selon l'article 16 de cette loi, il peut être appliqué à toute personne ayant commis ou suspectée d'avoir commis des infractions en ligne. Concrètement, il se traduit par la suspension du ou des comptes sur les plateformes ayant servi à l'infraction, ou l'interdiction d'utiliser ces comptes pour une durée maximale de six mois.
Les infractions concernées incluent la détention, diffusion ou transmission d'images pédopornographiques, les délits de harcèlement, l'atteinte à l'intimité de la vie privée, l'apologie du terrorisme, ou encore les délits de provocation. La loi prévoit également la création d'un nouveau délit de publication de contenus générés par intelligence artificielle reproduisant l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement, ainsi qu'un délit de publication d'un montage à caractère sexuel sans consentement.
Un « système de maltraitance humaine »
Les deux streamers étaient jugés pour des violences et humiliations infligées à Jean Pormanove (JP) et à Stéphane G., alias Coudoux, un quadragénaire sous curatelle, au cours de milliers d'heures de live entre 2023 et 2025 sur Twitch puis Kick. Les images diffusées à l'audience montraient JP et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, des cris dans les oreilles, des œufs frais sur la tête, des seaux d'eau et des insultes, le tout rythmé par une chanson « JP veut pas d'ça ».
Pour la procureure Maud Marty, il s'agit d'un « système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation », car « les violences sont le programme, elles font le scénario ». Elle a ajouté que « le simple fait que la mort [de JP] soit survenue en live traduit la dérive ». Le jugement est attendu dans les prochaines semaines.



