Montpellier : une mobilisation massive d'avocats contre la réforme du plaider-coupable
Près de 150 avocats du barreau de Montpellier se sont rassemblés ce lundi 13 avril sur le parvis de la Cour d'appel, exprimant une colère noire contre le projet de loi SURE porté par le ministre de la Justice Gérald Darmanin. Cette journée de justice morte coïncidait avec l'examen du texte au Sénat, cristallisant les inquiétudes de la profession face à une réforme qualifiée d'orwellienne par ses détracteurs.
Un risque d'erreur judiciaire au cœur des préoccupations
La disposition la plus controversée du projet de loi concerne l'instauration d'une nouvelle procédure de plaider-coupable en matière criminelle, présentée comme un moyen de juger deux fois plus vite. Me Vincent Le Junter, coprésident du syndicat des avocats de France, alerte : On fait peser sur la personne accusée le poids de l'aveu. Il y a un risque évident d'erreur judiciaire parce que l'on va négocier avec quelqu'un qui est en état de vulnérabilité.
Les avocats montpelliérains soulignent que cette procédure accélérée permettrait de réduire les audiences sans témoins ni experts, avec des peines inférieures d'un tiers, mais au détriment du débat judiciaire. La bâtonnière Iris Cristol insiste : Ce qui se joue, c'est moins ou plus du tout de débat. On sait combien il est essentiel à la vérité judiciaire. La Cour d'assises est un modèle absolu de démocratie où chacun a sa place.
Des conséquences néfastes pour les victimes et le système judiciaire
Au-delà des risques pour les accusés, les manifestants pointent du doigt l'impact sur les victimes. Me Le Junter explique : Sans audience, on envoie simplement un courrier à la victime. On oublie que le procès a une importance capitale pour elle et sa reconstruction. Cette critique rejoint celle du maire de Montpellier, Michaël Delafosse, présent sur place avec la députée Fanny Dombre-Coste, qui fustige cette américanisation de la justice et appelle au rejet du texte.
Les avocats dénoncent également les carences structurelles du système judiciaire. Un avocat présent au rassemblement révèle que la Cour d'appel de Montpellier met aujourd'hui quatre ans pour rendre une décision en matière civile, attribuant ce délai à un manque criant de personnels. Le budget du ministère de la Justice doit être augmenté. Il nous faut plus de magistrats, plus de greffiers, réclame-t-il, une revendication soutenue par les élus locaux.
Cette mobilisation historique à Montpellier s'inscrit dans un contexte national de débats houleux sur l'avenir de la justice criminelle, où la recherche d'efficacité se heurte aux principes fondamentaux du droit et de la démocratie judiciaire.



