Cédric Jubillar : son avocat dénonce un simulacre de justice et un isolement carcéral hors norme
Pierre Debuisson, avocat toulousain, est le nouveau défenseur de Cédric Jubillar, condamné à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse Delphine. Le procès en appel doit s'ouvrir le 21 septembre prochain à Toulouse. Le pénaliste dénonce avec véhémence les conditions de détention de son client, maintenu à l'isolement depuis plus de quatre ans, et s'élève contre ce qu'il qualifie de simulacre de justice.
Une rencontre qui a tout changé
Comment êtes-vous devenu le nouvel avocat de Cédric Jubillar ? L'avocat explique que Jubillar avait entendu parler de lui via l'affaire de la disparition d'Amandine Estrabaud, où il intervenait en partie civile. Il voulait me rencontrer, en début d'année, il m'a écrit, je suis allé le voir, on a passé cinquante minutes à discuter, raconte Pierre Debuisson. Il ajoute avoir été très surpris de constater qu'il s'agissait d'un homme tout à fait ordinaire, plutôt sympathique, très abîmé par la détention, pas du tout arrogant ou prétentieux, et sans le profil psychologique tordu relayé par les réseaux sociaux et certains médias.
Jubillar, satisfait de cet entretien, a ensuite officiellement demandé à Pierre Debuisson d'être son avocat. Ce dernier l'a rencontré une demi-douzaine de fois depuis.
Un état d'esprit fragilisé et des conditions de détention alarmantes
Dans quel état d'esprit est-il ? Il est très affaibli, bouleversé par la disparition de sa femme, et accablé par l'absence de liens avec ses enfants, décrit l'avocat. Jubillar lui aurait confié avoir vécu le procès dans un état second, sous l'influence de médicaments très puissants administrés avant, pendant et après les audiences, ce qui aurait affecté ses facultés cognitives. Il me dit, j'étais dans le coaltar, je ne me souviens pas de tout, j'étais très très fatigué, ces médicaments faisaient que je n'étais plus moi-même, rapporte Pierre Debuisson, qui a demandé copie de toutes les ordonnances.
L'avocat pointe surtout l'isolement carcéral total dans lequel son client est plongé depuis quatre ans et demi, qualifiant cette situation d'hallucinante et scandaleuse. Il a un impact délétère sur sa santé physique et psychologique, insiste-t-il. Lors d'une audience le 17 février, Jubillar aurait supplié : Je n'en peux plus, je suis à bout. Je vous en supplie, sortez-moi du quartier d'isolement.
Un procès en appel sous tension
Pierre Debuisson adopte une posture ferme : Je ne peux pas participer à un simulacre de justice. Si je suis son avocat, c'est pour obtenir un procès équitable. Il a ainsi boycotté une réunion préparatoire au procès en appel, estimant que les droits de la défense sont piétinés. Le fait qu'il soit à l'isolement m'empêche de faire mon travail d'avocat, d'échanger avec lui, d'apprendre à le connaître. On ne peut pas travailler sur le dossier, justifie-t-il.
Malgré tout, Cédric Jubillar maintient son appel. Il s'estime innocent, il est bouleversé par la disparition de sa femme, il ne supporte plus de n'avoir plus le moindre lien avec ses enfants, explique son défenseur. Il a compris qu'il avait été trop naïf en première instance, pensant que son innocence suffirait à obtenir un acquittement.
Des anomalies judiciaires pointées du doigt
Sur le fond, Pierre Debuisson relève de nombreuses anomalies. Je ne sais pas s'il est innocent ou coupable, mais il n'y a aucun élément qui permette d'affirmer qu'il est coupable, affirme-t-il. Il dénonce une décision de préculpabilité prise dès les premières heures de la disparition de Delphine, les enquêteurs ayant selon lui tout fait pour désigner Cédric Jubillar comme coupable idéal.
L'avocat s'étonne également que son client n'ait pas été remis en liberté pendant la mise en examen et qu'il comparaisse menotté, ce qui constitue selon lui un préjugement défavorable. Comparaître menotté, c'est un préjugement qui frappe les jurés et qui multiplie par trois le risque de condamnation, analyse-t-il.
Un enjeu qui dépasse l'affaire Jubillar
Pour Pierre Debuisson, cette affaire fascine car elle touche à un bon sens populaire. Les Français sont à la fois stupéfaits et inquiets à l'idée qu'on puisse jeter en prison quelqu'un et le condamner à trente ans dans une affaire où il n'y a pas la moindre preuve, estime-t-il. Il y voit un tournant dans l'histoire judiciaire moderne et un grave dysfonctionnement institutionnel.
Ce qui m'intéresse, ce n'est pas uniquement de défendre M. Jubillar, c'est de défendre les intérêts de chaque Française et de chaque Français, déclare l'avocat. Il met en garde : Si cela devait se reproduire, ça veut dire que plus personne n'est à l'abri aujourd'hui. Ni vous, ni moi, ni nos familles. Pour lui, cette affaire a un enjeu national, les décisions prises en appel auront des conséquences importantes pour tous.



