En France, les atteintes à la probité, qui regroupent la corruption, la prise illégale d'intérêts, le favoritisme et autres infractions similaires, ont connu une augmentation significative en 2025. Selon une étude du service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI), 1.125 infractions ont été enregistrées par la police et la gendarmerie l'année dernière, soit une hausse de 16% par rapport à 2024.
Une progression continue depuis 2022
Le SSMSI indique que 968 faits avaient été recensés en 2024, marquant déjà une augmentation de 11% par rapport à 2023. Sur une période plus longue, entre 2022 et 2025, ces infractions ont grimpé de 45%. Cette tendance préoccupante est particulièrement marquée dans certaines régions. Le service statistique souligne que « la Corse et les départements et régions d’outre-mer concentrent le nombre le plus élevé d’atteintes à la probité enregistrées rapportées au nombre d’habitants, en comparaison avec l’Hexagone ».
Définition et compétence de l'AFA
Les atteintes à la probité incluent des infractions telles que la corruption, la concussion, la prise illégale d'intérêts, le trafic d'influence, le favoritisme et le détournement de fonds publics. Ces délits relèvent de la compétence de l'Agence française anticorruption (AFA), créée en 2016. En décembre dernier, la Cour des Comptes avait déjà alerté sur l'augmentation des faits constatés, tout en soulignant une « faible connaissance de la prévalence de la corruption et de son évolution ».
Un phénomène loin d'être marginal
Les auteurs du rapport de la Cour des Comptes ont insisté sur le fait que « la lutte contre la corruption répond à des impératifs démocratiques et économiques mais sa cible est complexe car elle vise un phénomène occulte par définition et souvent lié à d’autres infractions ». Ils ont également relevé, grâce à des enquêtes de victimisation, que « la corruption n’est pas un phénomène marginal ». Entre 0,5% et 1% de la population adulte de métropole estime avoir été victime de tentatives de corruption, touchant aussi bien les particuliers que les entreprises ou les administrations.
Le SSMSI précise que, selon l'enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (VRS), 188.000 personnes de 18 ans et plus vivant en France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion ont déclaré avoir été confrontées à une situation de corruption dans le milieu professionnel en 2023, soit 0,4% de l'ensemble de la population majeure. Dans 15% des cas, l'objectif était d'obtenir un service (comme une place en crèche) ou d'en accélérer l'obtention.
Une faible propension à porter plainte
Malgré l'ampleur du phénomène, les plaintes restent rares. Entre 2016 et 2023, seules 1.700 personnes physiques victimes d'infractions d'atteinte à la probité ont été enregistrées par la police et la gendarmerie. Selon l'enquête VRS, « moins de 1% des personnes physiques majeures victimes de corruption active ou passive dans un cadre professionnel portent plainte ». Ce chiffre illustre le défi majeur que représente la détection et la poursuite de ces infractions souvent dissimulées.



