Attaque du Prolé d'Alès : les victimes réclament une justice effective face au silence du parquet
Un an après l'agression survenue au Prolé d'Alès lors de la feria de l'Ascension 2025, les parties civiles montent au créneau pour dénoncer la lenteur de la procédure judiciaire. Les avocats des victimes, la direction de l'établissement et la section locale du Parti communiste français expriment leur impatience et exigent "une véritable justice".
Un silence inquiétant après les interpellations
Me Sophie Mazas, l'un des trois avocats des parties civiles, s'étonne que "les victimes attendent encore une instruction". Elle dénonce "un silence qui est retombé" après le frémissement initial du parquet au moment des interpellations de trois suspects cévenols, présumés proches du groupuscule identitaire d'ultra-droite "Block Montpelliérain". Ce collectif a depuis été dissous par décret, lequel mentionne explicitement les événements d'Alès.
Cécile Alphon-Layre, responsable du Prolé, rappelle que des confrontations ont eu lieu à Montpellier entre les suspects et les victimes fin février, suscitant un grand espoir. "Depuis, plus aucune nouvelle. Le coup au moral est là aussi. Et il y a la crainte de représailles", confie-t-elle, insistant sur la nécessité de donner de véritables suites à cette affaire.
Le parquet assure que le dossier est à l'étude
Face à ces critiques, Abdelkrim Grini, le procureur de la République d'Alès, répond que les investigations sont "terminées" et que la police judiciaire de Montpellier a travaillé. Il précise avoir reçu le dossier le 23 mars et qu'il se trouve actuellement sur son bureau. "Le dossier est à l'étude", déclare-t-il, évoquant deux hypothèses :
- Soit il existe des éléments pour imputer des violences à X ou Y, et il engagera des poursuites
- Soit il n'y a rien et il se dirigera vers un classement sans suite
Me Mazas réagit immédiatement à cette éventualité : "Un classement sans suite, pour les victimes, c'est inenvisageable". Elle rappelle que "tous les témoins de l'agression n'ont pas été entendus" et que "l'impunité de la violence de l'extrême droite n'est pas envisageable".
Un contexte politique tendu à Alès
Giovanni Di Francesco, représentant de la section alésienne du PCF, replace l'affaire dans son contexte politique local. Il souligne qu'"on assiste à une libération de la parole raciste" dans un environnement post-électoral où le Rassemblement national a triplé son score aux dernières municipales et a frôlé la victoire. "Ils se sentent pousser des ailes", analyse-t-il, ce qui rend d'autant plus cruciale une réponse judiciaire ferme.
Les parties civiles préparent leur contre-attaque
Me Mazas prévient que "ici, on ne lâchera rien" et envisage déjà des recours en cas de classement sans suite. Elle évoque la possibilité d'une citation directe devant le tribunal correctionnel, une option expressément prévue par le Code de procédure pénale. "Dans quelques semaines, il y aura la feria, et il est hors de question que les victimes baissent la tête", affirme-t-elle avec détermination.
Au Prolé, on anticipe déjà la prochaine édition de la feria de l'Ascension. Giovanni Di Francesco annonce que "on va renforcer, pour le public, les moyens de sécurisation". Cécile Alphon-Layre conclut avec optimisme : "Chaque année, il y a une fête d'enfer au Prolé !", montrant ainsi la résilience de l'établissement face à cette épreuve.
Me Ralph Blindauer, autre avocat des parties civiles, appuie les demandes de ses confrères : "Il faut que ce dossier avance. Il faut que les témoins soient entendus". Tous insistent sur la nécessité de finaliser l'enquête pour rendre une justice qui réponde aux attentes des victimes et envoie un signal fort contre les violences d'extrême droite.



