La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé, mardi 6 juillet, le renvoi de Franck Elong Abé devant la cour d'assises spéciale pour l'assassinat d'Yvan Colonna, en relation avec une entreprise terroriste. Cette décision écarte définitivement les recours de la défense, qui contestait la qualification terroriste.
Les faits et la procédure
Yvan Colonna, indépendantiste corse, avait été assassiné le 2 mars 2022 à la prison d'Arles par Franck Elong Abé, un détenu radicalisé. L'agresseur avait porté plusieurs coups de couteau à la victime, qui était alors en train de faire son footing dans la cour de l'établissement pénitentiaire. Colonna, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Érignac en 1998, purgeait sa peine depuis 2011.
L'enquête a rapidement établi que Franck Elong Abé, âgé de 36 ans, avait agi seul, mais les juges d'instruction ont retenu la circonstance aggravante de terrorisme, en raison de la radicalisation islamiste de l'accusé. Selon les éléments du dossier, Elong Abé avait déclaré vouloir "tuer un mécréant" et avait choisi Colonna comme cible en raison de sa notoriété.
Les arguments de la défense
La défense de Franck Elong Abé avait contesté cette qualification, arguant que son client souffrait de troubles psychiatriques et que son passage à l'acte relevait davantage de la vengeance personnelle que d'un projet terroriste. Me Souleymen Raïs, avocat de l'accusé, a déclaré : "Cette décision est une erreur judiciaire. Mon client n'a jamais adhéré à une idéologie terroriste, il est un homme malade qui a agi sous l'emprise de la folie."
Les avocats avaient également soulevé des vices de procédure, notamment sur les conditions de l'audition de leur client, mais la chambre de l'instruction a rejeté l'ensemble de leurs arguments.
Les réactions des parties civiles
Les parties civiles, représentant la famille d'Yvan Colonna, se sont félicitées de cette décision. "C'est une étape importante vers la manifestation de la vérité. La qualification terroriste est justifiée par la nature des actes et les déclarations de l'accusé", a réagi Me Patrice Spinosi, avocat de la famille Colonna.
Les implications juridiques
Le renvoi devant la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels, est désormais définitif. Franck Elong Abé devra répondre d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Le procès devrait se tenir dans les mois à venir, probablement en 2022 ou 2023.
Cette affaire a suscité une vive émotion en Corse, où Yvan Colonna était considéré comme un martyr par une partie de la population. Le gouvernement avait alors renforcé les mesures de sécurité dans les prisons et lancé une réflexion sur la gestion des détenus radicalisés.



