Assassinat d’Yvan Colonna : Franck Elong Abé renvoyé aux assises pour assassinat terroriste
Les juges d’instruction ont ordonné le renvoi de Franck Elong Abé devant la cour d’assises spécialement composée pour l’assassinat terroriste d’Yvan Colonna en 2022. Le détenu camerounais de 39 ans est accusé d’avoir tué le militant corse à la prison d’Arles. Cette décision intervient après une enquête approfondie, mais le périmètre du futur procès ne satisfait ni la défense ni les parties civiles.
Des faits d’une extrême violence
L’agression a eu lieu le 2 mars 2022 dans la prison d’Arles, où Yvan Colonna purgeait une peine à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Il est décédé des suites de ses blessures le 21 mars, à l’hôpital marseillais où il avait été transféré. Selon l’ordonnance des magistrats instructeurs, dont l’AFP a eu connaissance, la mort est « la conséquence directe » des coups portés par Franck Elong Abé « dans des conditions d’extrême violence ». Ces coups ont été suivis d’un étouffement pendant « plusieurs minutes », avant que l’agresseur ne prenne le pouls de sa victime. Pour les juges, la « volonté de tuer » apparaît « sans équivoque ».
Le mobile et les contestations
Concernant le mobile, les magistrats estiment que le projet visait « à éliminer un individu pour la seule raison qu’il a indiqué ne pas partager la même croyance ». Cependant, l’avocat de Franck Elong Abé, Benoît David, a déclaré : « Nous contestons totalement la qualification aggravante de la préméditation et le caractère terroriste. Nous ferons appel sans doute de cette ordonnance. » Par ailleurs, Franck Elong Abé n’est pas renvoyé pour association de malfaiteurs, « en l’absence de participation ou contact entre (lui) et une tierce personne préalablement aux faits », selon l’ordonnance.
Les réactions des parties civiles
Cette absence de mise en examen pour association de malfaiteurs a suscité l’indignation des avocats d’Yvan Colonna et de son fils Ghjuvan Battista Colonna. Mes Sylvain Cormier et Emmanuel Mercinier-Pantalacci ont fustigé : « L’on est prié d’admettre que l’ensemble abracadabrant de tous ces éléments relèverait d’une suite de coïncidences extraordinaires. Nous constatons plus volontiers que l’hypothèse retenue d’un acte solitaire est singulièrement conforme à la raison d’État. » Dans leur communiqué, ils estiment que le militant corse a été « confortablement assassiné au sein d’une prison française ». Ils soulignent notamment « que ce crime a eu lieu précisément le jour où la vidéosurveillance était en maintenance », que Franck Elong Abé « a revendiqué avoir agi en accord avec les services français » ou encore qu’il « a bénéficié d’une liberté d’aller et venir inexpliquée ».
Le profil de l’accusé
Franck Elong Abé était classé détenu particulièrement signalé (DPS) depuis novembre 2015 en raison de sa « grande dangerosité », de son « instabilité » et de « la persistance de son comportement violent », selon des documents d’enquête. Il purgeait plusieurs peines, dont une de neuf ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs terroriste. Lors de ses premiers interrogatoires, il avait expliqué avoir « agi seul », « pour le compte d’aucun groupe », contre Yvan Colonna parce que ce dernier aurait blasphémé contre le prophète Mahomet. En mars 2024, il a évoqué dans un courrier « un acte commandité » par des personnes qu’il considérait comme des agents de l’État, des allégations démenties par le ministère de l’Intérieur.
Les dysfonctionnements pointés
Une commission d’enquête parlementaire sur les conditions de cette agression mortelle a pointé, dans un rapport publié en mai 2023, de « graves défaillances » dans l’appréciation de la dangerosité de M. Elong Abé, une « rigueur » excessive du traitement carcéral infligé à Yvan Colonna et des « dysfonctionnements » dans l’établissement pénitentiaire. Il est établi que « la direction de l’établissement a menti » devant cette commission, ont affirmé les avocats d’Yvan Colonna. Par ailleurs, un surveillant « a révélé qu’ont été mystérieusement effacées les observations écrites qu’il avait consignées avant l’assassinat, laissant prévoir celui-ci ». Une enquête préliminaire ouverte en 2023 après un signalement mettant en cause l’administration pénitentiaire a été classée sans suite en 2025. En février de la même année, l’État a été condamné à payer 75 000 euros aux héritiers de Colonna pour des « manquements fautifs de l’administration pénitentiaire ».



