Affaire Émile : les prélèvements ADN de masse débutent enfin après un an d'attente
Affaire Émile : les prélèvements ADN de masse débutent enfin

Affaire Émile : les prélèvements ADN de masse débutent enfin après un an d'attente

Un nouveau chapitre décisif s'ouvre dans l'enquête sur la disparition du petit Émile. Sous l'impulsion des avocats des grands-parents du jeune garçon, constitués partie civile, les juges d'instruction ont finalement tranché : l'heure est désormais aux prélèvements ADN de masse. Cette décision tant attendue intervient plus d'un an après la découverte d'un ADN étranger à la famille sur les vêtements de l'enfant.

Une centaine de profils génétiques sous examen

Les enquêteurs s'apprêtent à passer au crible le profil génétique d'une centaine de personnes. Leur point commun ? Toutes se trouvaient à proximité du Vernet lorsque le petit Émile a mystérieusement disparu, le 8 juillet 2023. Maître Isabelle Colombani, avocate de Philippe Vedovini, le grand-père maternel d'Émile, détaille pour Le Point les enjeux de cette nouvelle opération.

Le Point : Qu'attendez-vous de ces prélèvements ?

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Me Isabelle Colombani : Cela fait un an que nous le souhaitions ardemment, depuis la découverte d'un ADN étranger à la famille sur les vêtements d'Émile. Nous attendons désormais qu'une correspondance puisse être établie lors des expertises, qui consistent à comparer les prélèvements effectués avec les traces retrouvées sur les habits.

L'objectif est clair : identifier la personne concernée, puis l'entendre afin de comprendre à quel moment cette personne a pu rencontrer l'enfant ou être en contact avec ses vêtements. Monsieur Blachon, procureur de la République, avait indiqué qu'Émile ne s'était malheureusement pas décomposé dans ses vêtements. Cela signifie qu'il a été déshabillé et que ses habits ont été déplacés. Il est donc légitime de vouloir savoir à qui appartient l'ADN retrouvé sur ses effets personnels.

Un tournant dans l'enquête ?

Le Point : L'acte que vous aviez formulé a-t-il été difficile à obtenir ?

Me Isabelle Colombani : Non, en vérité ce qui a été peut-être plus difficile pour nous, c'est d'arriver à le formuler. Nous avons eu les rapports d'expertise fin septembre. Nous nous sommes déplacés sur les lieux au mois de novembre – les quatre gardés à vue, avec leurs conseils – pour travailler conjointement. Ensuite, il a fallu le temps de travailler le dossier. Notre demande d'acte remonte à quatre semaines jour pour jour aujourd'hui. Donc c'est un délai qui est finalement rapide.

Le Point : Pensez-vous que cela constitue un tournant dans l'enquête ?

Me Isabelle Colombani : À ce stade, je ne peux pas le dire. Nous le saurons peut-être dans quelques semaines ou quelques mois. En revanche, cela semble aller dans le sens de ce que nous ressentions depuis la fin de l'année 2025 : les magistrats et les enquêteurs avaient concentré l'ensemble de leurs investigations sur la famille. Des gardes à vue ont eu lieu, les enfants ont été entendus. Il y a également eu, au mois de décembre, de nouvelles saisies accompagnées d'expertises. Peut-être qu'aujourd'hui, le début de ces opérations marque aussi l'ouverture vers d'autres pistes.

Une enquête qui a pris du temps

Le Point : Estimez-vous que l'enquête avait été mal menée au départ ?

Me Isabelle Colombani : Non, ce n'est jamais un terme que nous avons employé. Je pense que c'est une méthode somme toute assez classique : on s'intéresse d'abord aux dernières personnes qui étaient avec l'enfant. Là, c'était le noyau familial. Mais c'est vrai que ça a mis du temps et c'est peut-être la seule chose qu'on peut regretter aujourd'hui.

Nous aurions voulu, à la sortie des gardes à vue – où finalement personne n'a été mis en examen, où il n'y avait aucun indice grave, aucun soupçon sur les membres de la famille – qu'on aille tout de suite sur ces recherches-là. Il aura fallu attendre un an pour que ça se fasse. Quand on est dans ces situations, le temps est douloureux. Un an, c'est long. Alors on peut dire qu'il était temps de le faire !

D'autres demandes en attente

Le Point : Ces prélèvements étaient-ils ce que vous vouliez à tout prix ?

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Me Isabelle Colombani : Il y a quatre types de demandes d'actes qui ont été déposées. En ce qui me concerne personnellement, c'était ce qui me paraissait primordial. Avec l'évolution des techniques scientifiques et criminalistiques, on sait que souvent la science vient un petit peu à l'aide des enquêteurs pour permettre de résoudre certaines enquêtes.

Mais ce ne sont pas les seules demandes importantes. Nous avons également beaucoup insisté sur les fouilles de certains lieux qui n'ont pas encore été explorés par les enquêteurs. Je pense que tout cela s'inscrira dans la continuité des actes d'enquête que nous devrions voir intervenir dans les mois à venir.

La famille entre espoir et désespoir

Le Point : Près de trois ans après les faits, comment la famille vit-elle ce nouveau volet de l'enquête ?

Me Isabelle Colombani : Mon client, Philippe Vedovini, vit en dents de scie. Hier, quand j'ai pu m'entretenir avec lui sur cette avancée, il y a forcément eu un moment d'euphorie. Et puis au fur et à mesure, il faut lui expliquer qu'il faut être raisonnable, qu'il ne faut pas trop s'emballer, que ça va être long, que ça va être compliqué, que peut-être il n'y aura rien au bout. On est entre l'espoir et le désespoir. Il y a des phases d'abattement, puis d'autres où on se sent un petit peu mieux. C'est vraiment comme ça qu'on peut le décrire.