Terrorisme conjugal : une condamnation sévère pour un féminicide évité
La cour d'assises du Finistère a rendu mercredi un verdict lourd dans une affaire de violence conjugale extrême. Un homme de 32 ans, de nationalité marocaine, a été condamné à trente ans de réclusion criminelle pour avoir tenté de tuer son ancienne compagne en la poignardant à neuf reprises en juin 2023. La procureure a qualifié ces actes de "terrorisme conjugal", insistant sur "la dangerosité de l'accusé" et "le pronostic sombre" concernant les risques de récidive.
Une agression d'une violence inouïe
Les faits se sont produits le 18 juin 2023 à Brest. L'homme, qui faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF), a pénétré par effraction dans le pavillon de son ex-compagne. Sous les yeux horrifiés de leur fils âgé de seulement 3 ans, il lui a porté neuf coups de couteau. La victime, alors âgée de 21 ans, a miraculeusement survécu à cette tentative de féminicide après s'être réfugiée chez des voisins qui lui ont porté secours.
Placée en coma artificiel, la jeune femme a passé plusieurs jours entre la vie et la mort. Son rétablissement constitue un véritable miracle médical et humain face à la brutalité de l'agression.
Un climat de terreur installé depuis des années
Durant le procès qui s'est déroulé toute la semaine, l'avocate générale a dressé le portrait d'un "homme violent, manipulateur, dominateur" qui avait "instauré un climat de terreur" auprès de Lucie P. et de sa famille dès 2018, peu après leur rencontre. Malgré leur séparation en septembre 2022, le harcèlement avait continué de manière systématique.
L'accusé avait multiplié les comportements menaçants :
- Harcèlement téléphonique incessant
- Entrées par force dans le domicile de son ex-compagne
- Vol de ses clés et de ses papiers d'identité
- Menaces explicites de mort, dont une où il avait placé un couteau sous sa gorge
Quatre plaintes restées sans effet protecteur
La situation s'était particulièrement aggravée lorsque la jeune femme avait rencontré un nouvel homme quelques semaines avant l'agression. Pourtant, depuis 2022, Lucie P. avait déposé pas moins de quatre plaintes pour violences, dégradations et menaces contre son ancien conjoint. Ces signalements répétés n'avaient pas suffi à la protéger de la tentative de meurtre.
Même incarcéré depuis juin 2023, l'accusé avait continué à tenter de contacter sa victime et sa famille depuis sa cellule de prison, démontrant une obsession et une dangerosité persistantes.
Un déni total face à la justice
Durant l'audience, l'homme a nié avoir voulu tuer son ex-compagne, affirmant qu'il "ne se souvenait pas" des faits. Des déclarations que la magistrate a qualifiées de preuve qu'il "s'est affranchi de tout travail d'introspection et de remise en question". Selon l'avocate générale, il a "refusé de se confronter à l'homme violent, manipulateur, dominateur" qu'il était réellement.
Une peine assortie de mesures complémentaires
Outre les trente ans de prison - alors qu'il encourait la réclusion criminelle à perpétuité - le tribunal a prononcé plusieurs sanctions supplémentaires :
- Une interdiction définitive du territoire français
- Le retrait de l'autorité parentale sur son fils de 3 ans
- Une injonction de soins
Ce verdict sévère intervient dans un contexte de prise de conscience croissante des violences conjugales en France, où le terme "féminicide" est désormais régulièrement employé pour qualifier les meurtres de femmes dans le cadre conjugal ou familial.