Tribune aux nouveaux maires : la jeunesse exige une place dans les décisions locales
Jeunesse et municipales : les maires sous surveillance

Une jeunesse en attente d'une véritable place dans la vie municipale

Les élections municipales de 2026 viennent de se conclure, ouvrant une nouvelle ère pour nos villes et communes. Alors que les nouveaux maires prennent leurs fonctions, une question cruciale émerge, au même titre que le logement social, le sport, la culture ou la transition écologique : quelle place réelle sera accordée à la jeunesse dans les décisions locales ? Dans cette tribune publiée par Le Nouvel Obs, l'association La Cité des Chances, engagée pour la participation des jeunes à la vie démocratique, lance un message fort aux élus : « Tout au long de votre mandat, nous serons attentifs à la place réelle donnée à la jeunesse dans les décisions locales. »

Les promesses électorales et la réalité du terrain

Durant la campagne, les candidats ont multiplié les promesses sur l'urbanisme, le cadre de vie, la transition écologique, la participation citoyenne et l'économie locale. Cependant, la jeunesse est souvent restée en arrière-plan, mentionnée en conclusion des programmes plutôt qu'au cœur des projets. Pourtant, elle représente le présent et le futur de nos territoires. Les municipalités disposent de compétences décisives pour les trajectoires des jeunes, notamment dans les domaines de l'éducation, de la culture, du sport, de la vie associative, des espaces publics et de l'accès à l'information. Ces politiques locales sont des déterminants concrets de l'émancipation.

Les villes ne sont pas neutres ; elles façonnent les opportunités auxquelles les jeunes peuvent accéder. Ces décisions ont un impact sur l'avenir, mais surtout sur le présent des jeunes. L'échelon municipal constitue le premier palier dans la création et la reproduction des inégalités, qui se manifestent dans l'accès à une médiathèque, un terrain de sport, une maison des jeunes ou un accompagnement pour construire un projet.

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Une jeunesse ni indifférente ni désengagée

En février 2026, le 11ᵉ baromètre « Jeunesse & Confiance » du think tank Vers le haut révélait qu'à peine 53 % des jeunes ont déjà été sollicités pour participer à un projet local sur leur territoire. Autrement dit, près d'un jeune sur deux n'a jamais été invité à contribuer à la vie de sa ville. Ce constat ne pointe pas du doigt une jeunesse passive ou désintéressée, mais décrit une jeunesse à qui l'on ne demande pas son avis.

L'abstention et le désengagement ne naissent pas du vide : ils proviennent du sentiment d'être ignoré, d'être consulté pour la forme, de voir ses attentes recyclées en slogans sans jamais se traduire en politiques publiques. Les jeunes ne sont ni indifférents ni désengagés. Ils sont présents dans les associations, les projets culturels et sportifs, et les initiatives citoyennes. Ils font vivre nos villes. La question n'est pas celle de l'engagement des jeunes, mais de la place insuffisante que les collectivités leur accordent réellement.

Des dispositifs souvent inadaptés

Trop souvent, les dispositifs de jeunesse se construisent sans les premiers concernés. On crée des espaces pour eux, on définit des priorités à leur place, on conclut des bilans sans les avoir associés à l'évaluation. Ces dispositifs sont pensés « pour » les jeunes mais pas avec eux. Cette logique produit des structures qui ne répondent pas aux besoins et aux attentes réels, entraînant du gâchis budgétaire. Par exemple, un espace jeunesse peut rester vide faute d'avoir été coconçu, ou un conseil municipal de jeunes tourner à vide par manque de vrais moyens d'action.

La jeunesse refuse d'être consultée une fois tous les six ans, le temps d'une campagne électorale. Elle refuse d'être invitée aux tables de concertation uniquement pour servir de faire valoir ou pour valider des décisions déjà prises. Elle refuse que les politiques de jeunesse se résument à une ligne budgétaire, trop souvent sacrifiée en cas de contrainte financière.

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Des exemples positifs à suivre

En France, des exemples existent pourtant, montrant qu'une autre manière d'agir est à portée de main de nos communes : des budgets participatifs intégrant des enveloppes dédiées aux projets des jeunes, des conseils municipaux de jeunes dotés de véritables moyens d'action, des programmes de mentorat, des politiques tarifaires pour l'accès à la culture et au sport, et des dispositifs d'accompagnement à l'insertion professionnelle. Ces initiatives ne sont pas des faveurs accordées à la jeunesse, mais un dû dans notre démocratie. Ce sont des investissements qui améliorent la tranquillité publique, l'éducation, la solidarité et plus globalement la vie politique et citoyenne de nos villes.

Un message clair aux nouveaux élus

Aux maires qui viennent d'être élus, l'association La Cité des Chances adresse un message simple : la jeunesse vous regarde. Tout au long de votre mandat, elle sera attentive à la place réelle donnée aux jeunes dans les décisions locales. Cela implique de vérifier qui siège dans les commissions, quels budgets sont fléchés vers la jeunesse, et si des conseils de jeunes sont mis en place avec un véritable pouvoir consultatif et d'initiative.

Les élus doivent s'assurer qu'il existe une véritable consultation de la jeunesse, un travail de concertation de long terme, et une ligne de dialogue ouverte et continue entre les équipes municipales et les jeunes. Comme il existe déjà des espaces de participation pour les habitants, tels que les conseils de quartiers ou les amicales de locataires, la jeunesse doit voir sa légitimité reconnue et ancrée dans la vie démocratique locale.

En conclusion, si les jeunes ne sont pas à la table des décisions, ils refusent d'être le menu. Cette tribune est signée par plusieurs associations engagées, dont Ambition Campus, Droit dans les yeux, Ma cité va voter, 13 grammes, Second souffle, Ta salle de travail, On est prêt, Melting Pot, et Salam Shalom Salut. Elle réaffirme l'importance d'une jeunesse active et écoutée dans la construction de nos villes de demain.