Un printemps de mobilisation
En mai 1936, la France bascule à gauche. Dans le Gard, l'effervescence est palpable. Dès le 1er mai, 10 000 manifestants défilent à Alès et 8 000 à Nîmes, comme le rappelle l'historien Antoine Prost. Un tract distribué aux travailleurs de Beaucaire proclame : "Un salaire minimum doit être fixé : 40 francs par jour sont nécessaires aux travailleurs pour vivre en hommes et non en bêtes de somme". Ce document appelle à cesser le travail le 16 juin 1936, dans le cadre d'un mouvement qui embrase le département.
Six députés de gauche élus
Les élections législatives du 3 mai 1936 marquent un tournant. Les Gardois choisissent exclusivement des députés de gauche. À Nîmes, Hubert Rouger (maire depuis 1925) et Léon Silvestre, tous deux socialistes SFIO, sont élus. Alès envoie deux communistes, Fernand Valat et Auguste Béchard. L'Uzège désigne le socialiste Aimé Larguier, tandis que les Cévennes viganaises votent pour Charles Berthézenne, du Parti républicain-socialiste. C'est la première fois que le Gard compte deux députés communistes, un parti bien implanté dans le bassin alésien.
Grèves et accords de Matignon
Dès l'annonce des résultats, des grèves éclatent dans tout le département. Selon les archives départementales, "les compagnies minières et métallurgiques des bassins autour d'Alès ont préféré négocier rapidement", mais la région de Nîmes et le sud du Gard sont fortement touchés. Les mouvements atteignent leur paroxysme le 1er juillet 1936, avec plus de 55 entreprises impactées. Les ouvriers et ouvrières de la chaussure, du bâtiment, des transports, puis les employés de commerce et de l'alimentation se réunissent sans interruption à la Bourse du travail. Les accords de Matignon, signés en juin, instaurent la semaine de 40 heures, les conventions collectives, des hausses de salaire et les congés payés – une avancée majeure qui n'était pas initialement dans le programme du Front populaire.
Les premiers touristes au Grau-du-Roi
L'été 1936 voit l'arrivée des premiers vacanciers grâce aux congés payés. Le Grau-du-Roi, déjà classé station climatique et balnéaire depuis 1924, bénéficie de nouveaux aménagements. Les touristes, principalement originaires de Nîmes, d'Alès et des Cévennes, investissent les plages. Ce phénomène marque le début d'une ère nouvelle pour le tourisme social dans le Gard.
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