À Lyon, le réseau de crèches Tournesol fait figure de pionnier en matière d’inclusion professionnelle. Sur les 120 salariés que compte l’association, près des deux tiers sont reconnus travailleurs handicapés. Un chiffre qui interpelle dans un secteur où l’emploi des personnes en situation de handicap reste marginal.
Un modèle d’invention sociale
Fondée en 2015 par Élodie Drouet, éducatrice de jeunes enfants, l’association Tournesol gère aujourd’hui six crèches dans la région lyonnaise. Sa particularité : recruter massivement des personnes porteuses de handicaps, qu’ils soient physiques, sensoriels ou psychiques. « L’idée est partie d’un constat simple : dans le secteur de la petite enfance, on manque de personnel, et des milliers de personnes handicapées cherchent un emploi sans le trouver », explique la fondatrice.
Chaque crèche emploie entre 15 et 25 salariés, dont une majorité bénéficie d’une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Les postes vont de l’agent d’entretien à l’éducateur, en passant par le cuisinier ou l’assistant administratif. « Nous adaptons les postes de travail, les horaires, et nous travaillons en étroite collaboration avec les médecins du travail et les ergonomes », précise Élodie Drouet.
Un premier CDI à 43 ans
Parmi les salariées, Fatima, 43 ans, témoigne : « J’ai un handicap moteur qui me limite dans mes déplacements. Avant, j’enchaînais les petits boulots, jamais de CDI. Ici, c’est mon premier contrat à durée indéterminée. Un an au même endroit, ça fait du bien. » Comme elle, beaucoup découvrent la stabilité de l’emploi. « Le turnover est très faible, ce qui est rare dans les crèches », souligne la direction.
Les enfants accueillis – environ 300 au total – ne perçoivent pas toujours la différence. « Ils sont très adaptables, ils jouent avec tout le monde », sourit une éducatrice. Les parents, eux, sont informés lors de l’inscription. « Certains ont eu des craintes au début, mais très vite, ils ont vu la qualité de l’accueil », assure la directrice d’une crèche du 3e arrondissement.
Un défi économique et humain
Le modèle n’est pas sans difficultés. Les subventions publiques (État, collectivités) couvrent une partie des surcoûts liés aux adaptations, mais l’association doit aussi compter sur des dons et des mécénats. « Nous avons un déficit chronique d’environ 50 000 euros par an, que nous comblons par des appels aux dons », confie la fondatrice. Malgré cela, Tournesol espère ouvrir deux nouvelles crèches en 2027.
Pour les salariées, l’impact est immense. « Je me sens utile, reconnue. Avant, je restais chez moi, je déprimais. Maintenant, j’ai une vie sociale, un salaire, une place dans la société », résume Karima, 38 ans, atteinte d’une maladie génétique rare. Un modèle qui prouve que l’inclusion n’est pas une utopie, mais une réalité possible, à condition de s’en donner les moyens.



