Violences et abus dans une congrégation religieuse : appel à témoins en Lozère
Violences dans une congrégation religieuse : appel en Lozère

Un collectif dénonce des violences historiques dans des écoles catholiques

Deux ans après le scandale de Bétharram, une nouvelle congrégation religieuse se retrouve sous le feu des projecteurs. Les Frères des Écoles Chrétiennes, fondés par Jean-Baptiste de La Salle, font face à des accusations de violences physiques et sexuelles dans certains de leurs établissements scolaires. Un collectif national vient de se constituer pour recueillir des témoignages et permettre aux victimes de déposer plainte.

Des récits glaçants en Lozère

En Lozère, des témoignages recueillis par Midi Libre concernent deux établissements gérés par la congrégation : l'école Saint-Privat de Mende et l'Inter collège catholique de Langogne. Jacques, 50 ans, ancien élève de l'école Saint-Privat, décrit un climat de terreur : "Coups de bâton sur les doigts pour des raisons futiles, fessées cul nu debout sur le bureau, mise à genoux sur une règle en fer". Il affirme également avoir subi des viols répétés de la part d'un membre de la congrégation dans une salle de classe.

Gilles, 62 ans, scolarisé à Langogne au début des années 1970, rapporte des scènes similaires de violence gratuite et de sadisme systématiquement perpétrées par les frères. Bien qu'il n'ait pas été témoin direct de violences sexuelles, il n'en serait pas étonné, évoquant avec inquiétude ce qui pouvait se passer au sein de l'internat.

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Un appel national pour briser le silence

Philippe Auzenet, 73 ans, à l'initiative du collectif, explique leur démarche : "Nous voulons permettre aux victimes de déposer plainte, car il n'y a eu aucune repentance ou regrets exprimés. Il n'y a pas de réelle reconnaissance des faits". Lui-même affirme avoir subi des sévices graves dans l'institution Lasalle de Rouen, où il était régulièrement victime de brutalités de la part d'élèves plus âgés, sous le regard passif des surveillants.

Le collectif, qui compte une vingtaine de membres, vise les 150 établissements scolaires sous contrat gérés par les Lasalliens en France. Leur objectif est de documenter des pratiques qui auraient cours depuis plusieurs décennies dans certaines de ces institutions.

La réponse de la congrégation

La congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes ne conteste pas l'existence de ces actes de violence anciens. Dans un communiqué publié par leur avocat, Me Matthias Pujos, elle reconnaît : "La souffrance des victimes est une réalité qui ne peut ni ne doit être minimisée, et leur parole mérite écoute, reconnaissance et considération".

Selon l'avocat, la congrégation a mis en place une cellule d'écoute dès 2014, bien avant la création de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église. Cette cellule a recueilli 72 témoignages concernant des faits commis entre les années 1950 et 1980. À ce jour, 70 anciens élèves ont été indemnisés pour un total de plus de 2,4 millions d'euros, après reconnaissance du caractère vraisemblable des accusations.

Des procédures judiciaires en cours

Trois signalements ont été effectués en justice, dont le dernier remonte au 15 décembre 2025 auprès des procureurs de Besançon, Evry-Courcouronnes et Reims. Ces signalements concernent des faits "susceptibles de recevoir une qualification pénale qui auraient pu être commis par un Frère encore en vie".

Pour Jacques, l'ancien élève de Mende, les indemnisations ne suffisent pas. Malgré la confirmation par la commission de la présence du frère qu'il accuse et l'information de son décès en 1990, il insiste : "Je veux porter plainte, je veux une enquête, je veux savoir ce qu'il s'est passé, même si je connais la réponse : c'est trop tard". Son témoignage, comme celui de nombreuses autres victimes, illustre les séquelles durables de ces violences subies dans l'enfance.

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