Une explosion de témoignages dans les établissements lasalliens d'Occitanie
Le collectif des anciens élèves des établissements de la congrégation des frères des écoles chrétiennes, connu sous le nom de Collectif des victimes des Lasalliens, a enregistré une augmentation spectaculaire des dénonciations en seulement une semaine. Près de 150 courriels ont été reçus, contenant des dizaines de nouveaux témoignages accablants concernant les pratiques de religieux ou de laïcs enseignant dans ces institutions catholiques privées sous contrat.
Sept établissements occitans désormais dans le viseur
Initialement, seuls deux établissements de Lozère étaient concernés : l'école Saint-Privat à Mende et l'Intercollège à Langogne. Désormais, cinq autres noms viennent s'ajouter à cette liste en Occitanie, portant le total à sept établissements régionaux mis en cause. Parmi eux figurent le collège Saint-Jean-Baptiste à Nîmes, le Pic de la Salle à Béziers, La Salle à Perpignan, Saint-Joseph à Rodez et Saint-Joseph à Toulouse.
Philippe Auzenet, l'un des fondateurs du collectif, ne cache pas son émotion face à cette recrudescence : "En une semaine, on a reçu un nombre très impressionnant de mails, près de 150, avec parfois plusieurs personnes qui parlent du même établissement, et cette liste va continuer à s'allonger."
Des accusations extrêmement graves
Les témoignages recueillis décrivent des situations particulièrement alarmantes. Le collectif évoque des violences physiques, psychologiques et sexuelles, allant jusqu'à des actes de torture et de barbarie. Certains récits mentionnent même une salle où un aumônier projetait des films pornographiques, et où des prêtres se rendaient pour passer à l'acte sur des élèves.
"On nous parle de crimes sexuels, d'attouchements pendant des cours particuliers, ce sont vraiment des faits très graves avec des gens qui sont restés en poste pendant dix ou quinze ans et qui ne se sont pas fait prendre", insiste Philippe Auzenet, âgé de 73 ans, qui a lui-même subi des violences graves il y a plus de soixante ans au collège Lasalle de Rouen.
Une crise systémique révélée
Le collectif souligne que le nombre d'établissements identifiés à l'échelle nationale est passé de 18 à 40 en très peu de temps, ce qui vient corroborer le constat d'une défaillance systémique au sein de l'institution lasallienne. Cette expansion rapide des révélations s'explique en partie par une médiatisation accrue de l'affaire, qui encourage les victimes à briser le silence.
Un autre membre du collectif précise : "Nous avons recueilli plusieurs témoignages visant ces établissements pour des actes de violences, et pour des faits de crime sexuel pour au moins l'un d'entre eux. Nous avons des témoignages qui arrivent spontanément et qui visent toute la France, avec des gens qui nous appellent, et se mettent à pleurer tout de suite."
La réponse controversée de la congrégation
Dans un communiqué publié le 1er février par l'intermédiaire de leur avocat, la congrégation des frères des écoles chrétiennes a indiqué avoir mis en place dès 2014 une cellule d'écoute. Cette dernière aurait recueilli 72 témoignages et permis l'indemnisation de 70 anciens élèves pour un montant total dépassant 2,4 millions d'euros.
Cependant, le collectif des victimes dénonce vigoureusement les conditions de ces indemnisations. Les membres jugent choquant et inacceptable que les victimes soient contraintes de signer un document comportant une clause de confidentialité. Cette pratique est perçue comme une extinction quasi-totale de leur parole et de leurs droits juridiques futurs.
Le collectif estime que cette attitude nuit à la transparence nécessaire sur le passé de la congrégation : "Entretenir le secret sur les agressions passées et sur les parcours de mutation des agresseurs fait obstacle à l'identification de prédateurs potentiellement en contact avec les enfants."
Signalements à la justice et faits prescrits
À ce jour, la congrégation affirme avoir effectué trois signalements à la justice pour des actes éventuellement commis par certains de ses membres ou salariés et qui ne seraient pas prescrits. Les témoignages recueillis par le collectif portent quant à eux sur des faits à la fois pénalement prescrits, parce que très anciens, et d'autres qui ne le seraient pas.
Les actes précédemment dénoncés concernant les institutions de Mende et de Langogne visaient à la fois des actes de violences et des abus sexuels. Pour les établissements de Nîmes, Béziers, Perpignan et Rodez, le nombre précis et la nature des mises en cause restent encore à déterminer.
Cette affaire révèle une profonde crise au sein des établissements lasalliens, avec des conséquences dramatiques pour de nombreuses victimes qui portent encore les séquelles de ces traumatismes, parfois vieux de plusieurs décennies.



