La cryptomonnaie, un investissement devenu dangereux en France
Depuis un an, investir dans la cryptomonnaie ne représente plus seulement un risque financier ou technologique. En France, comme dans d'autres pays, une série d'attaques extrêmement violentes, d'enlèvements parfois accompagnés d'actes de torture et de cambriolages armés ciblant les détenteurs de cryptoactifs ou leurs proches suscite une vive inquiétude. La dernière affaire en date concerne l'enlèvement et la séquestration, la semaine dernière en Isère, d'une magistrate - compagne d'un chef d'entreprise spécialisé dans le secteur de la cryptomonnaie - et de sa mère.
L'angoisse qui pousse à liquider ses actifs
Pour Martin*, l'angoisse a eu raison de sa stratégie d'investissement initiale. « Le stress d'un cambriolage qui peut mal tourner ne vaut pas l'investissement, même si dans les faits le nombre est anecdotique », estime-t-il. Il a donc liquidé ses cryptomonnaies et préfère désormais des stratégies d'investissements plus traditionnelles via sa banque. Des placements qu'il considère comme moins risqués pour sa sécurité personnelle.
La peur des fuites de données personnelles
Aux yeux de plusieurs investisseurs, la principale crainte réside dans une fuite de données qui dévoilerait leurs coordonnées personnelles. Éric Larchevêque, cofondateur de l'entreprise Ledger, dont l'associé a été enlevé et torturé en janvier 2025, a désormais recours à des sociétés de sécurité privées pour se protéger, lui et ses proches. S'il ne peut dévoiler les contours exacts du dispositif, il évoque également la possession d'armes pour sa protection. « La protection rapprochée coûte cher », reconnaît-il, mentionnant aussi l'utilisation de transports privés à la place des transports en commun.
Cette figure emblématique du secteur estime que les victimes « sont repérées dans des fichiers de données qui circulent sur le darknet ». Selon son analyse, si la France connaît autant d'affaires de ce type, c'est en raison du nombre élevé de contrôles et de fichages des entreprises. Il faut, par exemple, fournir un justificatif de domicile pour de nombreuses démarches entrepreneuriales, créant ainsi des bases de données sensibles.
Une nouvelle directive qui ravive les inquiétudes
La nouvelle directive européenne DAC8, destinée à encadrer les cryptoactifs en France, ravive ces inquiétudes car elle est synonyme de plus de traçabilité. Benoit*, passionné de cryptomonnaies depuis plus de dix ans, « préfère maintenant flirter avec la zone grise que de me faire voler pour avoir suivi les règles comme un bon soldat ». Désormais, il passe exclusivement par des systèmes de transactions anonymes pour protéger ses actifs.
Par peur des représailles, il est aussi passé à un portefeuille dont la clé d'accès a été séparée en plusieurs parties, gardées par des personnes de confiance résidant à l'étranger. L'objectif est clair : empêcher toute prise de contrôle de ses avoirs même en cas de coercition physique. Une précaution recommandée par Éric Larchevêque lui-même. « C'est important de mettre de la distance entre soi et ses cryptoactifs, il existe des méthodes et des protocoles qui font en sorte qu'il est impossible de les transférer rapidement », explique-t-il.
La France en tête d'un triste palmarès
Le parquet anticriminalité organisée (Pnaco) s'est saisi de huit dossiers d'enlèvements ou séquestrations commis en bande organisée depuis le début de l'année, tous liés à des extorsions de cryptomonnaies. Les victimes ont été attaquées dans plusieurs départements français, parfois avec une violence inouïe. Des millions d'euros en cryptomonnaies ont été visés lors de ces attaques.
Si les attaques ciblant ce secteur ont augmenté dans le monde entier, la France - avec 20 cas parmi les 74 répertoriés - serait en tête de ce triste palmarès, selon un décompte tenu par Jameson Lopp, un entrepreneur du secteur. Cette position inquiétante souligne l'ampleur du phénomène dans l'Hexagone.
Multiplier les stratégies de protection
Comment se protéger dans un tel climat de menace ? Pour Éric Larchevêque, « même sans savoir si on est visés, on ne peut pas rester sans rien faire ». Son conseil principal : ne pas paniquer. « Ce n'est pas parce qu'on a vendu ses actifs que les criminels sont au courant et vont arrêter de vous viser », explique-t-il. « Ensuite, ce serait céder et renoncer à se battre, le problème ne vient pas de la crypto elle-même ».
Il recommande plusieurs mesures de protection :
- Protéger sa vie privée au maximum
- Vérifier les informations personnelles que l'on peut trouver à son sujet sur Internet
- Éviter de s'afficher sur les réseaux sociaux quand c'est possible
- Renforcer la protection de son domicile et de ses proches
La situation actuelle en France montre que l'investissement dans les cryptomonnaies est devenu un enjeu de sécurité personnelle autant que financière, poussant les détenteurs d'actifs à adopter des mesures de protection de plus en plus sophistiquées et radicales.



