Bègles : un élu évoque son arrière-grand-père maire sous Vichy lors de l'installation du Conseil
Un élu de Bègles évoque son aïeul maire sous Vichy

Un héritage historique qui fait polémique à Bègles

Lors de l'installation solennelle du Conseil municipal de Bègles, samedi 28 mars, une déclaration en apparence anodine a suscité une vive attention parmi les élus et l'assemblée. Fabrice Delavoye, conseiller municipal et futur adjoint, ancien directeur de campagne du nouveau maire Christian Bagate, a pris la parole au nom du groupe majoritaire. Dans son allocution, il a notamment rendu hommage à sa mère, qu'il a présentée comme la « petite-fille de Pierre-Henri Rosières, ancien maire et ancien président du Club athlétique béglais ».

Un passé sous l'Occupation révélé

Cette précision familiale a immédiatement retenu l'attention, car Pierre-Henri Rosières n'était pas un maire ordinaire. Il a occupé cette fonction de 1941 à 1944, pendant l'Occupation, après avoir été nommé par le régime de Vichy. Cette révélation a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, provoquant des réactions contrastées.

Interrogé par le journal Sud Ouest, Fabrice Delavoye a adopté une position défensive mais assumée. « Je ne le revendique pas, c'est un fait, c'est mon histoire », a-t-il déclaré, reconnaissant toutefois « certainement une maladresse, habilement instrumentalisée par le camp adverse ». L'élu, qui est avocat de profession, affirme ne s'être « jamais caché » de cet héritage familial, y compris lors de réunions publiques. Il précise même que l'ancien maire Noël Mamère était au courant de cette filiation.

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Une note des renseignements comme élément de défense

Fabrice Delavoye a longuement expliqué que ce passé familial l'a « longtemps torturé ». Pierre-Henri Rosières, fondateur de la Savonnerie de Bègles et employeur de plusieurs dizaines de salariés, est décédé en 1948. Ce n'est que récemment, il y a quelques années, qu'un oncle lui a transmis une note des renseignements, probablement produite entre 1947 et 1948, concernant son arrière-grand-père.

Selon ce document, Pierre-Henri Rosières n'aurait accepté la fonction de maire que « sur l'insistance du précédent, M. Lerousseau, SFIO ». Ce dernier aurait agi principalement pour « barrer la route au docteur Dorbes, fasciste notoire et collaborateur » qui, à la Libération, a fui la France pour éviter une exécution probable.

La note contient plusieurs éléments qui tendent à dédouaner partiellement l'ancien maire :

  • « M. Rosières s'est toujours évertué à être un magistrat social »
  • « Son usine, étant réquisitionnée, lui a permis d'utiliser plusieurs ouvriers leur évitant ainsi leur départ au STO »
  • « Malgré certaines critiques », une « grande estime [conservée] parmi la population »

Cette dernière affirmation est corroborée par le résultat des élections municipales de 1947, où Pierre-Henri Rosières a obtenu le plus grand nombre de voix.

Un apaisement relatif face à un héritage complexe

Fabrice Delavoye a confié que cette note l'a « beaucoup apaisé », même s'il reconnaît que « ce n'est jamais glorieux de découvrir qu'on a un arrière-grand-père maire sous Vichy ». Il insiste sur le fait que Pierre-Henri Rosières n'a « jamais été pour moi une source quelconque d'inspiration, bien au contraire ». La veille du Conseil municipal, l'élu avait d'ailleurs exprimé son inclination pour les idées de Raphaël Glucksmann, marquant ainsi une distance idéologique avec son aïeul.

Cette affaire illustre la complexité des héritages historiques dans la vie politique locale française, où les liens familiaux et les passés sous l'Occupation continuent de résonner dans le débat public, même soixante-quinze ans après les faits.

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