Tsunami Blanc : l'enquête choc de Bernard Petit sur le narcotrafic qui gangrène l'Europe
Tsunami Blanc : le narcotrafic gangrène l'Europe

Tsunami Blanc : l'enquête glaçante de Bernard Petit sur le narcotrafic européen

Bernard Petit s'exprime avec une voix douce et un ton mesuré, contrastant violemment avec le sujet qu'il aborde. Son ouvrage, Tsunami blanc, publié chez Plon le 26 février, annonce le retour de "temps barbares". Cette enquête approfondie de l'ancien directeur du 36 quai des Orfèvres sur le narcotrafic international, truffée de chiffres exponentiels et d'histoires incroyables mais véridiques, provoque un véritable vertige. La cocaïne déferle sur l'Europe via des ports rongés par la corruption. Aux Pays-Bas et en Belgique, les organisations mafieuses ciblent désormais directement les responsables politiques et l'institution judiciaire. Avec ce document choc, Bernard Petit nous tend un miroir profondément dérangeant. "L'univers criminel n'est pas 'un autre monde', affirme-t-il. Il n'est que la face cachée de notre société."

La bataille décisive se livre dans les ports européens

Le trafic de drogue par conteneur maritime a atteint une intensité telle qu'il constitue désormais une menace extrêmement grave pour les pays européens, tant par les volumes transportés que par la corruption systémique qu'il engendre.

Le "rip-off" consiste à dissimuler clandestinement des stupéfiants dans des conteneurs maritimes, à l'insu de l'exportateur et de l'importateur officiels. Les trafiquants identifient d'abord un conteneur à destination du pays cible, privilégiant des marchandises peu susceptibles d'être inspectées. Ils l'ouvrent illégalement pour y placer la cocaïne, souvent conditionnée dans de grands sacs de sport pour faciliter la manutention. Les sacs sont placés juste derrière la porte, relativement en évidence. À l'arrivée, des complices travaillant sur le port ouvrent le conteneur, récupèrent les sacs, referment et rescellent le tout avant sa remise au destinataire officiel, qui reste dans l'ignorance totale.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le "switch" est une autre méthode courante. Il s'agit de transborder la cargaison de cocaïne d'un conteneur à un autre pour éviter les contrôles. Un grutier complice déplace le conteneur chargé vers une zone où la drogue sera déchargée, puis rechargée dans un conteneur déjà contrôlé ou présentant un faible risque de l'être.

Le "clonage" des conteneurs représente une technique supplémentaire. Le même numéro d'enregistrement est attribué à deux conteneurs. En cas de contrôle, notamment par scanner, le conteneur cloné est présenté à la place de l'original contenant la cocaïne. Sans oublier les conteneurs qui disparaissent purement et simplement. La fraude, le trafic, la corruption, le harcèlement et l'intimidation sont aujourd'hui monnaie courante dans certains ports européens, permettant à la cocaïne d'inonder le continent avec une facilité déconcertante.

Aux Pays-Bas, la Mocro Maffia impose sa loi par la terreur

Les trafiquants de cannabis se sont reconvertis dans le trafic de cocaïne, bien plus lucratif, et n'hésitent plus à s'attaquer à quiconque les gêne. Des journalistes, des témoins et des avocats ont été intimidés, menacés, voire assassinés. En 2018, des membres de la Mocro Maffia ont tenté de faire pression sur les journaux Panorama et Nieuwe, dont les bureaux ont été visés par des tirs d'intimidation. Le Telegraaf a ensuite été attaqué avec une voiture-bélier lancée contre sa façade.

Une étape critique fut franchie en 2019 avec l'assassinat de l'avocat Derk Wiersum, 44 ans, père de deux enfants, abattu près de son domicile à Amsterdam. En 2021, le journaliste d'investigation Peter R. de Vries, qui enquêtait depuis dix ans sur la Mocro Maffia, fut grièvement blessé par balles et succomba neuf jours plus tard. En septembre 2021, le Premier ministre Mark Rutte dut être placé sous protection policière rapprochée, l'organisation étant soupçonnée de planifier un attentat ou un enlèvement à son encontre. En septembre 2022, la menace s'est étendue à la famille royale, contraignant la princesse héritière Catharina-Amalia, 18 ans, à vivre secrètement à Madrid pendant plus d'un an sous protection rapprochée.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Projets d'enlèvement et armes de guerre : la Belgique sous haute tension

Fin 2022, le ministre de la Justice belge Vincent Van Quickenborne fut contraint de déménager et de vivre sous protection policière en raison d'un projet d'enlèvement imminent le visant, lié à des criminels néerlandais du milieu de la drogue. Une patrouille de police avait contrôlé une voiture aux plaques néerlandaises près de son domicile à Courtrai. Les trois occupants, inconnus en Belgique, furent libérés faute d'éléments précis, mais une seconde voiture abandonnée fut découverte peu après, contenant des armes, des serflex et du matériel pour incendier un véhicule. Quatre malfaiteurs liés à la Mocro Maffia furent arrêtés aux Pays-Bas et extradés vers la Belgique.

Espagne : la corruption atteint les plus hautes sphères

Suite à la saisie de 13 tonnes de cocaïne dissimulées dans une cargaison de bananes en provenance d'Équateur dans le port d'Algesiras en novembre 2024, l'enquête a conduit à un haut responsable de la police, le chef de l'unité des affaires économiques et fiscales, M. Sanchez Gil. Suspecté de fournir des informations sensibles sur la surveillance des ports à des narcotrafiquants, des perquisitions à son bureau et à son domicile ont permis la découverte de sommes colossales en liquide : un million d'euros dans un coffre et vingt millions dissimulés dans les murs. La corruption est parfois matériellement et immédiatement visible, comme en témoignent des vedettes rapides de luxe amarrées à côté de navires douaniers dans des ports minéraliers, ou des unités militaires récupérant et gardant de la cocaïne en attente d'instructions.