Une traversée de l'horreur. Cette expression, employée par plusieurs passagers, résume le calvaire vécu à bord du Méga Express III de la compagnie Corsica Ferries. Samedi 16 mai, alors que le navire reliait Porto Torres en Sardaigne à Toulon, les conditions météorologiques se sont dégradées de manière spectaculaire, transformant le voyage en véritable épreuve.
Des conditions météorologiques extrêmes
Météo-France avait pourtant émis un bulletin spécial, alertant sur un coup de vent de force 7 à 8, avec des rafales importantes, ainsi qu'une mer forte à très forte au large de Bonifacio. Malgré ces avertissements, la traversée n'a pas été annulée. Anthony, un Savoyard voyageant avec sa femme et ses deux filles de 9 ans et 18 mois, témoigne : "C'était incroyable ! Avant même le départ, on nous a annoncé que les ponts extérieurs seraient fermés pour des raisons de sécurité."
Fabien Agostini, directeur des opérations de Corsica Ferries, explique qu'il s'agissait de consignes normales par mauvais temps. Mais pour les passagers, la réalité a été bien plus dure.
Passagers confinés et malades
Rapidement, les passagers sans cabine ont été cantonnés aux parties communes, contraints de s'asseoir au sol. Anthony décrit : "On ne pouvait pas tenir debout et les vagues montaient jusqu'au pont 6 ou 7 !" Le mal de mer a frappé de nombreux voyageurs. "Tout le monde était malade. Ma femme et ma petite fille n'ont fait que vomir pendant huit heures", ajoute-t-il.
Romain, un Toulonnais de retour de Sardaigne, exprime son indignation : "Ma compagne a passé près de douze heures allongée, dans un état de grande souffrance. De nombreuses personnes étaient paniquées, en détresse." La compagnie reconnaît que certains passagers ont été fortement incommodés, mais assure que le personnel est intervenu pour les assister.
Dégâts matériels et colère des passagers
À l'arrivée à Toulon, vers 21h30, avec trois heures de retard, les passagers ont découvert les dégâts. "Aucune moto n'était amarrée et les véhicules n'étaient pas calés", déplore Anthony. Son van a subi des éraflures, mais il relativise : "Ce ne sont que des dommages matériels." D'autres véhicules ont été plus gravement endommagés.
Anthony se dit "très en colère contre Corsica Ferries d'avoir mis en danger des centaines de vies". Il est conscient que l'annulation aurait pu mécontenter, mais estime qu'elle aurait été préférable. Romain partage cet avis : "Il était du devoir du commandant et de la compagnie d'anticiper ces risques et de privilégier la sécurité."
La réponse de Corsica Ferries
La compagnie, par la voix de Fabien Agostini, affirme que "à aucun moment la sécurité du navire et des passagers n'a été compromise". Dans un courrier à Romain, elle explique que les mauvaises conditions météorologiques ont perturbé le trafic, mais que ses équipes ont respecté les règlements internationaux de sécurité. Elle se dit consciente des tracas supportés, mais invoque un cas de force majeure pour décliner toute responsabilité.
Cette affaire soulève des questions sur la gestion des risques en cas de tempête. Les passagers, eux, garderont un souvenir amer de cette traversée.



