Un réseau de trafic d'êtres humains démantelé au port de Sète
Selon des informations exclusives de Midi Libre, une filière d'immigration clandestine opérant entre la Libye, la Syrie et le port de Sète dans l'Hérault a été démantelée par la police en septembre 2025. Cette affaire, restée secrète jusqu'à présent, implique des migrants payant jusqu'à 22 000 euros pour rejoindre l'Europe dissimulés dans une bétaillère, déguisés en marins avec de faux papiers.
Le cerveau présumé du trafic
Au cœur de ce dossier se trouve Ali Hammami, un Syrien de 54 ans installé à Sète depuis une dizaine d'années. Ancien carrossier à Montpellier, il est présenté comme l'organisateur principal de ce trafic. Incarcéré depuis sept mois, il a demandé sa libération devant la cour d'appel de Montpellier le 10 mars, minimisant son rôle. Les enquêteurs de l'Oltim (Office de lutte contre le trafic de migrants) de l'Hérault ont découvert qu'il gérait l'entrée des migrants à Sète, les récupérant avec son véhicule Tiguan blanc après leur arrivée.
Le fonctionnement du réseau
Les migrants, principalement originaires de Libye, de Syrie et d'Algérie, étaient surnommés les "oiseaux" par les trafiquants. Ils embarquaient sur la bétaillère Anakin, appartenant à un couple de Libanais chiites, après avoir revêtu des tenues de marin et obtenu de faux carnets. Une fois à Sète, certains repartaient vers l'Allemagne, avec des interpellations ayant également eu lieu à Mulhouse. Sur deux ans, plus d'une vingtaine de clandestins sont entrés en France via ce réseau, avec la complicité présumée du commandant du navire et possiblement de l'armateur.
Enquête et découvertes financières
L'enquête a débuté après une dénonciation anonyme en janvier 2025, évoquant aussi un trafic de stupéfiants lié à un terrain à Vic-la-Gardiole dont Hammami était copropriétaire. Les policiers ont placé une balise sur son véhicule, enregistrant des conversations révélant l'ampleur du trafic. Ils ont également mis au jour un coffre-fort contenant un demi-million d'euros en espèces sur ce terrain. L'analyse financière a établi que Hammami, bénéficiaire du statut de réfugié politique depuis son arrivée illégale en France en 2015, avait financé l'achat d'un chalet en Syrie à 25 000 dollars, d'appartements et de locaux commerciaux, ainsi que des transferts d'argent vers son pays d'origine.
Opposition à la libération et conséquences
Le parquet général s'est fermement opposé à la remise en liberté de Hammami, fustigeant son exploitation du système d'accueil français pour s'adonner à un trafic d'êtres humains. Son avocat, Me Marc Gallix, a souligné que d'autres individus, non interpellés, seraient impliqués à un niveau supérieur. La décision concernant sa libération doit être rendue le 17 mars. Par ailleurs, la bétaillère Anakin a été placée sur la liste noire européenne, interdite d'accès aux côtes de l'UE.
Cette affaire met en lumière les méthodes sophistiquées des réseaux de trafic et les défis persistants de la lutte contre l'immigration clandestine en Méditerranée.



