Trafic de drogue : comment les dealers achètent la paix sociale dans les cités
Trafic de drogue : dealers achètent paix sociale dans cités

Trafic de drogue : comment les dealers achètent la paix sociale dans les cités

À la cité des Escanaux, à Bagnols-sur-Cèze (Gard), le trafic de drogue prospère. Les trafiquants, pour s'assurer la tranquillité, proposent services et fêtes aux habitants. Cette stratégie de séduction divise : certains dénoncent un engrenage, d'autres, dans la précarité, acceptent cette aide.

Des dealers au service du quartier

« Vous avez besoin d'aide avec vos courses ? Attendez, j'arrive ! » Un jeune dealer, torse nu, quitte son muret pour aider Nadia, mère de quatre enfants, à porter ses sacs. « S'ils peuvent m'aider, je dis pas non », souffle-t-elle. « On n'est pas des mauvais gens, on agresse personne, on aide ! » nous sourit le rabatteur. Bienvenue à la Gitanie, au cœur du quartier des Escanaux, où le point de deal génère entre 10 000 et 30 000 € par jour, selon des sources policières évoquant la DZ Mafia.

Des prospectus pour apaiser les tensions

Les trafiquants diffusent des prospectus dans les boîtes aux lettres, comme le révèle un récent rapport du ministère de l'Intérieur. Cette « lettre d'excuse et d'engagement » exprime des regrets pour les nuisances sonores et propose des initiatives : atelier de peinture, aide pour les courses, bricolage, et même un soutien financier. « Si vous avez besoin d'aide sur le plan financier ou toute autre difficulté, nous vous invitons à vous adresser à nous », peut-on lire. Un policier spécialisé compare cette méthode à Pablo Escobar : « Moi je vous aime, moi je vous aide. Bagnols, c'est une exception. »

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Une fête gratuite pour séduire les familles

Le 2 avril, les habitants se sont pressés à une grande fête organisée par les narcos. L'affiche promettait « une journée pleine de joie et de surprises, tout gratuit ». Machines à barbe à papa, pop-corn, pêche au canard, barbecue, châteaux gonflables… « C'était un truc de fou ! », témoignent Simon et Patrice, agents de Gard Habitat. « Organiser une fête, ce n'est pas pour s'excuser de crier, ils achètent la paix sociale. Le gamin qui a bu du coca toute la journée va dire à ses parents qu'ils sont sympas. » Avec le risque d'embrigadement futur.

Des habitants partagés entre attrait et méfiance

« Oui c'est l'argent de la drogue, mais au point où j'en suis… Les assistantes sociales disent que les caisses sont vides », confie Nadia, célibataire et sans emploi. Soraya, 19 ans, excuse : « Ils nous aident pour les courses, les poubelles. On sait ce qu'ils font et ils disent que c'est leur travail. » Abdel, 46 ans, soudeur, ne prend pas parti : « Des gens en ont besoin, ils galèrent sans travail. Quelqu'un qui les aide, ils vont pas dire non. »

Les dealers justifient leurs actions

Au cœur du « four », un dealer, chaîne en or, se défend : « Regardez, on a repeint les murs. On n'est pas des fils de pute, on veut pas de problèmes avec les voisins. On va faire un barbecue, faire plaisir aux gens. Nous, on aide les gens. » Son acolyte « Booder », sorti de prison, ajoute : « Le trafic permet de se remplir les poches, et les aides au quartier, c'est pour faire ce que l'État ne fait pas. »

Inquiétude et colère des habitants lucides

Lou, 47 ans, ne laisse pas sa fille sortir : « Je suis née ici, ça fait peur. Accepter leur cadeau, c'est tomber dans l'engrenage. Ensuite, ils recrutent les enfants, comme sur TikTok, 150 € la journée pour crier. » Un autre habitant, sous couvert d'anonymat, exprime sa colère : « Ce prospectus, on devrait le recevoir de la mairie ! Avant, on avait des grands frères, des éducateurs. Y'a plus rien. »

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