Théoule-sur-Mer : le Beach Club de l'Aiguille menacé de fermeture par un scandale sanitaire
Le cadre est paradisiaque, avec les célèbres roches rouges de Théoule baignant dans une Méditerranée aux tons turquoise. Pourtant, une ombre inquiétante plane sur le Beach Club de l'Aiguille, établissement balnéaire chic situé entre deux magnifiques plages publiques. Selon ses exploitants actuels, Thierry de Conti et Olivier Boissy, la plage privée pourrait ne pas ouvrir cette saison, voire disparaître définitivement du paysage.
Un problème structurel grave
En cause, un problème structurel majeur qui fait "couler" peu à peu l'établissement. Les exploitants, qui ont repris la plage en sous-concession en 2023, dénoncent des canalisations défaillantes qui laisseraient les eaux usées s'infiltrer directement dans le sable plutôt que d'être évacuées vers la station d'épuration voisine.
"Chaque saison, nos équipes nous disent que ça pue", témoigne Olivier Boissy. "On a tout de suite pensé à un problème de canalisation bouchée, mais ça semble plus grave que ça."
Pour démontrer l'ampleur du problème, les associés font remarquer que lorsqu'on appuie sur le sol du restaurant, une eau trouble remonte à la surface. Ils ont démonté des bondes d'évacuation hors d'état, retrouvant du sable à l'intérieur.
Un scandale sanitaire en plein parc naturel
"Au lieu de s'évacuer vers la station d'épuration installée à côté, l'eau de lavage passe directement dans le sable", s'indigne Thierry de Conti. "En plein parc naturel, c'est un vrai scandale sanitaire !"
Les deux associés soulignent également d'autres signes d'affaissement de la structure : un écart de hauteur entre les portes du poste de secours voisin et des problèmes d'écoulement des eaux de la douche publique qui nécessitent de creuser un sillon pour éviter qu'elles n'atteignent les matelas de plage.
Pire encore, les murs de la cuisine seraient véritablement infestés de moisissure, nécessitant un récurage complet chaque début de saison par une société spécialisée.
Une procédure judiciaire en cours
Face à cette situation, les exploitants affirment avoir averti la municipalité à plusieurs reprises. Une société d'assainissement aurait été dépêchée sur place, mais les exploitants n'auraient jamais pu obtenir le rapport.
"À notre avis, la situation exige de démonter toute la structure pour en refaire une autre", estiment-ils. "Mais ça coûte sans doute trop cher à la commune, qui préfère attendre la fin de la concession en 2027."
Après avoir fait établir des constats d'huissier en janvier 2026, Thierry de Conti et Olivier Boissy ont décidé de lancer une procédure en justice via un avocat, "afin qu'un expert établisse un diagnostic complet". Ils envisagent également de réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice subi, estimant qu'il leur manquera deux ans d'exploitation.
La position de la mairie
Du côté de la mairie, on refuse de se prononcer trop en avant sur ce dossier, "car une procédure est en cours". Le maire Georges Botella déclare néanmoins : "On verra ce que préconise l'expert, et à qui incombe la responsabilité d'éventuels dégâts. Après, si on doit faire des travaux, on les fera, car on ne cherche pas non plus le conflit."
Le maire n'envisage pas une fermeture définitive de l'établissement, "quitte à le reprendre un jour en régie".
En aparté, un cadre administratif souligne cependant que si les exploitants estiment soudainement que l'établissement ne peut être sauvé, "c'est uniquement parce qu'ils ne parviennent pas à réaliser le chiffre d'affaires qu'ils avaient escompté".
Un établissement au chiffre d'affaires prometteur
Pourtant, l'affaire semblait prometteuse au départ. Lorsqu'ils ont racheté la plage privée en 2023, les exploitants ont accru le chiffre d'affaires de 30% lors de la première saison, atteignant plus d'un million d'euros.
L'établissement, avec ses 100 m² de surface bâtie plus une extension de 300 m² avec plancher démontable, pergola et végétation, employait une vingtaine de saisonniers. La commune percevait une redevance fixe de 60.000 euros, plus une part variable en fonction du chiffre d'affaires.
Mais aujourd'hui, l'ombre des problèmes structurels et sanitaires plane sur cet établissement balnéaire. Alors que la première vague de touristes approche, l'expertise judiciaire devra trancher rapidement pour déterminer l'avenir du Beach Club de l'Aiguille et la responsabilité des différents acteurs dans ce qui s'apparente à un véritable scandale sanitaire au cœur d'un site naturel protégé.



