Un terrain de padel qui fâche au Cap Ferret
Présenté comme un « mini-tennis » privé, mais avec tous les atours d’un padel, le terrain aménagé par le promoteur girondin en plein quartier résidentiel, non loin de la pinède, déclenche la foudre du voisinage qui redoute un trop-plein de nuisances sonores. Après la pétition qui a réuni 400 signataires, rendez-vous est donné au tribunal administratif.
Peut-être manque-t-il les finitions mais quelques jours de travaux auront suffi. Le voilà donc, ce terrain de sport réaménagé au coin d’une propriété privée du Cap Ferret, qui a réussi à liguer contre lui tout ou partie du voisinage. Un « mini-tennis », selon l’intitulé du document d’urbanisme, mais entouré d’une paroi en verre haute de 3 mètres. Il n’en faut pas plus, dans les rangs des riverains, pour y voir un terrain de padel grossièrement maquillé et en redouter les nuisances sonores, notoirement élevées, sources de conflits récurrentes dans tous les quartiers résidentiels où de tels projets voient le jour.
D’une pétition en ligne à l’examen d’un référé devant le tribunal administratif de Bordeaux, mercredi 27 mai, l’opposition s’organise face au propriétaire, qui n’est autre que Patrice Pichet, promoteur et fondateur du groupe immobilier du même nom. « Le padel est bien terminé », soufflait en fin de semaine dernière une voisine, photo de l’installation à l’appui. Très remontée devant le « manque de considération » de l’homme d’affaires, elle dénonce un passage en force « pour nous pourrir la vie ».
Un conflit de voisinage qui s’envenime
Mi-mai, quelques-uns des proches voisins se faisaient les porte-voix de la contestation, réunis dans un jardin qui jouxte le terrain de sport incriminé : « Ils ont installé une grande toile pour éviter qu’on voie les travaux de la rue », relève Sandrine Barquon, « et il n’y a pas d’affichage ». « Patrice Pichet n’habite pas ici, sa villa est en première ligne. Qu’est-ce qu’il compte faire avec ce padel ? », renchérit-elle, sur fond de suspicion entretenue depuis plusieurs mois : des travaux préparatoires avaient débuté dès le mois de février, mais Jean-Luc Rochers, le plus proche voisin, n’a pas manqué d’alerter la mairie. « Et le chantier avait été interrompu. »
Un revirement de la mairie
Une déclaration préalable est alors déposée en bonne et due forme à la mairie. Le nouveau propriétaire, une SCI représentant la famille Pichet, précise ses intentions sur cette parcelle de la rue des Lilas, au village du Ferret, côté pinède : ce fameux « mini-tennis » avec parois en verre prévu sur un petit terrain de tennis préexistant, séparé de la route par un grillage auquel des bâches étaient suspendues depuis des années. La demande est retoquée le 16 mars, dans l’entre-deux-tours des municipales, par le maire Philippe de Gonneville. Le terrain de tennis n’avait jamais été autorisé et sa régularisation est en l’état repoussée, le plan local d’urbanisme (PLU) interdisant tout aménagement « pour la pratique de sports ».
Revirement, un mois plus tard, le 24 avril : entre-temps réélu, le maire de Lège-Cap-Ferret prend un nouvel arrêté et, cette fois-ci, il ne fait pas opposition. « L’avocat du demandeur nous a apporté des arguments pertinents et les nôtres ne l’étaient pas. Il n’y avait pas d’éléments en rapport avec la construction des tennis qui pouvaient l’interdire », justifie Philippe de Gonneville, qui ne s’appesantit pas sur les nuisances sonores. « C’est du droit privé, et non du droit public, ce n’est pas un problème d’urbanisme. S’il y a un recours contre la décision, on en fera un aussi. »
Des recours en justice
Le maire ne croit pas si bien dire, le coup est déjà parti. Au-delà d’une pétition intitulée « Au Cap Ferret, oui au paddle, non au padel » qui, à ce jour, affiche plus de 400 signataires sur change.org, trois proches voisins s’engagent sur le terrain judiciaire, devant le tribunal administratif et devant le tribunal judiciaire. L’un pour obtenir l’annulation de l’autorisation municipale, l’autre pour faire valoir les troubles indus dans le voisinage. Première étape, mercredi 27 mai, devant la juridiction administrative, où sera examiné le référé-suspension, une procédure d’urgence, formé par les requérants contre la décision de la mairie.
Le 1er juin, dans le cadre d’un autre référé, ces mêmes riverains demanderont au tribunal judiciaire la nomination d’un expert et l’« interdiction de toute utilisation des équipements » du terrain. « On est au maximum de ce que je peux faire », dit leur avocat Me Guillaume Achou-Lepage, qui voit une contradiction entre l’intitulé de la déclaration préalable et la réalisation. D’un côté un projet de mini-tennis, de l’autre des parois en verre : « Ils ont voulu passer sous les radars. Dès qu’on regarde le dossier, on comprend ce dont il s’agit : un terrain de padel. Un sport qui se pratique dans des endroits adaptés », rappelle-t-il, l’impact des balles sur les parois, autant de sons secs et répétés, « pouvant dépasser les 100 décibels ».
Les arguments du promoteur
De fait, les dimensions reprennent celles d’un terrain de padel, 20 mètres de longueur, et 10 de largeur. Seule nuance, la vitre dressée sur les largeurs du terrain, celle que l’on frappe avec la balle, est normalement prolongée par un grillage portant la hauteur à 4 mètres. Il n’y en a pas ici, ce qui complique le jeu. Mais qu’en dit l’intéressé ? Malgré plusieurs tentatives, il n’a pas été possible de joindre Patrice Pichet. Son avocat, sollicité par « Sud Ouest » la semaine dernière, n’a pas donné suite.
Dans un courrier adressé dès la fin du mois de mars à des voisins contestataires, le promoteur immobilier réfutait d’abord toute entorse aux règles d’urbanisme, rappelant notamment que l’« aire de jeux » était antérieure à l’acquisition de la propriété. Sportif revendiqué, adepte du padel entre autres, selon un portrait publié par « Sud Ouest » en 2024, Patrice Pichet ne s’expliquait pas, dans la même lettre, sur l’éventuelle tenue de telles parties, s’efforçant de relativiser « le bruit engendré par l’impact de balles sur les raquettes, les cris et communications entre joueurs, etc., quelques heures de-ci de-là, sur un unique terrain de jeu privé » : celui-ci « ne me paraît pas très éloigné des impacts de plongeons et jets de ballons, ou les cris et communication entre baigneurs dans une piscine de propriété privée, ou des enfants jouant dans un jardin ». Et le promoteur d’assurer avoir « à cœur de conserver de bonnes relations de voisinage ».



