Un territoire meurtri par les éléments
Les commerçants du Sud-Gironde pansent douloureusement leurs plaies, soufflés par la récente tempête et noyés par les crues de la Garonne. Désormais, ils doivent penser à l'après, un avenir incertain qui se dessine dans les rayons vides et les boutiques endommagées.
La dure réalité des pertes commerciales
Dans le Carrefour Contact de Caudrot, entre La Réole et Langon, la plupart des vitrines réfrigérées restent désespérément vides. Léa Follet, la directrice adjointe, confie avec émotion : « La boucherie, on a dû la fermer. Définitivement. Et les deux bouchers qui étaient là depuis toujours, on a dû procéder à une rupture conventionnelle et les licencier. » L'abandon de ce rayon n'a pas encore été officiellement annoncé aux clients, mais la réalité est implacable : « On n'a pas les fonds pour racheter de la marchandise, ça coûte beaucoup trop cher. »
Le jeudi 12 février au petit matin, les rideaux métalliques ne se sont pas levés, privés de courant après le passage dévastateur de la tempête Nils. Trois jours et demi de fermeture forcée ont entraîné des conséquences dramatiques : 25 000 euros de marchandise perdus, principalement dans les rayons frais et surgelés. « Quand on est rentré, il y avait cette odeur de la viande qui est restée, c'était terrible », se souvient Léa Follet. À ces pertes matérielles s'ajoute un manque à gagner conséquent : « Sur les trois jours et demi de fermeture, on a perdu l'équivalent de 26 000 euros de chiffre d'affaires par rapport à la même période l'année dernière. »
Les agriculteurs et artisans touchés en plein cœur
Damien Tauzin, paysan boulanger à Barie, a subi de plein fouet la crue de la Garonne. Avec 1,80 m d'eau dans son fournil et la moitié de ses champs inondés, il évalue ses dégâts à « au bas mot 20 000 euros ». Sa préoccupation majeure : « On se coupe de la clientèle, la concurrence va prendre la place. » Une inquiétude renforcée par le temps nécessaire à la remise en état, nécessitant au moins un mois pour sécher son four à bois avant de pouvoir reprendre l'activité.
Johanna et Jean-Pierre Dufau, qui tiennent un garage et une station-service à Cadillac, constatent déjà la défection de clients habitués. « On compte sur nos clients pour ne pas nous lâcher », espère Johanna, évoquant avec anxiété le trou dans la caisse représenté par deux semaines d'inactivité. « C'est énorme ! Y'a eu le Covid, deux inondations, c'est bon, il y en a marre ! »
La course contre la montre pour la réouverture
Partout, c'est la course à la réouverture pour limiter les dégâts économiques. Dans le restaurant Le Voyageur, premier à avoir été inondé, les tables sont déjà dressées comme si de rien n'était, malgré le bruit des pompes à eau qui continuent de vider les caves alentour.
Audrey Da Costa, fleuriste à La Réole, se bat encore avec 30 centimètres d'eau stagnante dans sa boutique. La crue est survenue au pire moment : « C'est arrivé dans un des pires moments avec la Saint-Valentin. Après la Fête des mères, c'est notre deuxième date la plus importante de l'année. » Grâce à l'intervention d'élus locaux, elle a pu bénéficier d'un local de repli dans une galerie marchande, mais les conditions y sont difficiles pour la conservation des fleurs.
Des pertes qui s'accumulent
Aurélie Garcia, propriétaire du parc animalier « Le Petit monde de Lily » à Fargues, évalue ses dégâts à environ 40 000 euros. La tempête a frappé en plein cœur des vacances, période cruciale pour son activité. Face à l'enchevêtrement d'arbres tombés, de cages brisées et de barnums déchirés, elle lance régulièrement des appels à l'aide sur les réseaux sociaux. « Je ne dors pas, c'est dur », confie-t-elle, la gorge serrée. « C'est compliqué quand on perd tout comme ça. »
Les commerçants du Sud-Gironde, déjà éprouvés par les crises successives, font face à un défi monumental pour reconstruire leurs activités et retrouver une clientèle dispersée par les routes coupées et les ponts fermés. L'après-crise s'annonce long et incertain pour ce territoire durement touché par les caprices des éléments.



