Squat Busserade à Marseille : 80 Roms menacés d'expulsion
Squat Busserade : 80 Roms menacés d'expulsion à Marseille

Le squat Busserade, installé dans une ancienne caserne du 3e arrondissement de Marseille, abrite environ 80 personnes de la communauté Roms, réparties en 23 familles. Toutes sont sous la menace d'une expulsion imminente : un recours à la force publique a été ordonné pour évacuer les lieux, propriété de la ville.

Des familles dans l'incertitude, sans information préalable

Bianca, 35 ans, mère de quatre enfants, vit ici depuis deux ans. Elle témoigne : « Personne ne s'occupe de nous ici, personne n'est venu nous expliquer qu'on allait être expulsé. » Elle s'inquiète : « Si on doit partir, est-ce qu'on va dormir dans la rue ? » Les habitants affirment ne pas avoir reçu d'informations, ce qui les a empêchés d'être représentés par un avocat lors de l'audience qui a abouti à l'ordonnance d'expulsion en 2025.

Une action en justice pour suspendre l'expulsion

Adam Borie, avocat et membre de la cellule « droit locatif » du syndicat des avocats de France, va saisir le juge de l'exécution pour tenter d'annuler ou de suspendre le recours à la force publique. Il explique : « Il y a trop d'éléments nouveaux depuis un an : il y a des enfants, des vieillards, des personnes malades… » Il demande un diagnostic social et constate une résurgence des expulsions au mois d'août.

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La Ville de Marseille, contactée par 20 Minutes, rappelle que la préfecture a la compétence sur ces sujets. La municipalité dit néanmoins veiller à ce que les expulsions soient suivies de solutions de relogement. Mirela, mère de jeunes enfants, reste sceptique : « Nous sommes habitués à vivre ici, les enfants sont scolarisés. Si nous sommes relogés dans un hôtel par exemple, comment peut-on s'occuper d'eux, leur faire à manger ? » Elle a déjà vécu neuf ans dans un squat à La Capelette (10e arrondissement) avant d'être expulsée.

Un appel au dialogue et à une solution durable

Elena, membre de la communauté et fondatrice d'une association de soutien aux familles Roms, dénonce un cycle : « Depuis quinze ans, des familles sont déplacées régulièrement d'un terrain à un autre. Chaque évacuation est justifiée par un problème de sécurité, mais on ne nous offre jamais une solution durable. » Dans un texte en français et en romani, elle plaide pour un dialogue afin de trouver une solution concertée permettant aux familles de rester. Elle s'interroge : « Marseille est dans notre cœur, on y habite depuis plus de vingt ans. Est-ce que c'est du racisme ou est-ce qu'on nous oublie ? »

Des soutiens locaux témoignent de l'intégration

Bianca assure qu'« il n'y a aucun problème de voisinage », les enfants jouant avec ceux du quartier. Framboise, de l'association Arte Chavalo, qui propose des actions culturelles et sociales avec les familles, nuance : « Je ne suis pas d'accord pour dire qu'il n'y a pas d'intégration. S'il y a parfois des nuisances, c'est parce que tout n'est justement pas organisé. » Laurent Sapin, membre du Comité catholique faim développement (CCFD) et de l'inter-organisations pour le soutien aux habitants des bidonvilles et squats, balaie les rumeurs de plaintes : « Est-ce qu'on n'est pas moins tolérant avec eux qu'avec des voisins lambda ? »

Il ajoute : « Les expulsions ne règlent rien, on déplace la misère et on brise les parcours d'insertion, or les familles de la rue Busserade ont montré qu'elles savaient s'organiser, contribuer au quartier et stabiliser leur vie. » Sapin est également voisin du bidonville de La Valentine (11e arrondissement), où près de 300 personnes sont aussi sous la menace d'une expulsion. Il conclut : « Marseille est une ville qui protège. »

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