Soissons : le maître reconnaît la culpabilité de son chien Curtis dans la mort d'Elisa Pilarski
Soissons : le maître reconnaît la culpabilité de son chien Curtis

Un revirement de position au tribunal de Soissons

Christophe Ellul a finalement obtenu les preuves irréfutables qu'il recherchait depuis des années. Au tribunal correctionnel de Soissons, ce mercredi, le maître du chien Curtis a reconnu pour la première fois la potentielle responsabilité de son animal dans la mort tragique d'Elisa Pilarski, survenue en novembre 2019 lors d'une simple balade en forêt. Cette déclaration marque un tournant décisif dans cette affaire judiciaire particulièrement complexe et émotionnelle.

De la défense acharnée à l'acceptation des preuves

La veille encore, cet homme de 51 ans, jugé pour homicide involontaire après le décès de sa compagne âgée de 29 ans, défendait farouchement son chien. « J'aurais tué Curtis moi-même s'il l'avait touchée », avait-il déclaré à la barre, dans une défense à outrance de l'animal. Il annonçait alors poursuivre « le combat jusqu'au bout » pour découvrir la vérité, « pour Nathalie [la mère de la victime], pour moi et surtout pour la mémoire d'Elisa et Enzo [le prénom qu'ils avaient choisi pour leur fils à naître] ».

Mais ce mercredi, le prévenu a complètement changé de position après que la présidente Armelle Radiguet lui a présenté les preuves scientifiques accablantes. « Madame la présidente m'a donné la preuve qu'il est coupable. Maintenant je sais la vérité, ça ne peut être que Curtis », a-t-il déclaré, visiblement bouleversé par cette révélation.

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Les contradictions des expertises initiales

Pendant des années, Christophe Ellul avait maintenu des doutes sur la culpabilité de son chien, principalement en raison des nombreuses contradictions dans les rapports d'expertise. Les premiers intervenants sur les lieux du drame avaient évoqué des morsures infligées par plusieurs animaux, créant ainsi une confusion persistante dans l'enquête.

Cependant, les analyses ultérieures ont apporté des éléments beaucoup plus précis. Les experts qui ont mesuré les plaies et étudié les mâchoires ont établi que ces blessures ne correspondaient pas aux animaux de chasse présents dans la forêt ce jour-là. En revanche, elles coïncidaient parfaitement avec les dimensions de la morphologie de Curtis, le chien de Christophe Ellul.

Le point décisif : ces mesures ont été réalisées à la fois par un expert désigné par le juge d'instruction et par un contre-expert mandaté par l'avocat de la défense, maître Alexandre Novion. Les deux spécialistes sont parvenus aux mêmes conclusions, fournissant ainsi la preuve scientifique que recherchait désespérément le compagnon endeuillé.

Un chien sans antécédents agressifs

Jusqu'à présent, Christophe Ellul s'était accroché à l'absence totale d'antécédents agressifs chez son chien. « Il n'a jamais été agressif de sa vie », insistait-il régulièrement. Curtis, âgé de seulement 2 ans au moment des faits, avait certes été entraîné au sport canin et au mordant de manière illégale, mais il n'avait jamais été dressé pour attaquer ou défendre contre des humains.

L'entourage du prévenu confirmait cette version, comme l'a rappelé la présidente du tribunal : « Personne n'a jamais dit que c'était un chien agressif avant les faits ». Christophe Ellul ajoutait : « Oui, il a mordu des boudins, mais il a toujours lâché derrière, il n'y a jamais eu d'incident », répondant ainsi à la procureure qui estimait que Curtis n'était pas « agressif, mais dangereux, puisque quand il joue il mord ».

La question centrale : pourquoi ce retournement ?

La question qui hante tous les protagonistes de cette affaire reste entière : pourquoi ce chien, que la victime Elisa Pilarski considérait comme « son bébé d'amour », s'est-il retourné contre sa propre maîtresse lors d'une simple promenade en forêt ? Plusieurs hypothèses ont été évoquées au cours du procès.

La présence d'une meute de chiens de chasse dans les environs aurait-elle pu perturber le comportement habituellement paisible de Curtis ? Les déclarations parfois contradictoires des chasseurs présents ce jour-là, qui ne correspondaient pas toujours aux souvenirs du prévenu, ont compliqué la reconstitution des événements.

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La présidente Armelle Radiguet a apporté une réponse à la fois simple et profonde à cette interrogation douloureuse : « Un chien c'est un animal, ça ne mord pas jusqu'au moment où ça mord ». Cette phrase résume la nature imprévisible de tout animal, même le plus familier et le plus apprivoisé.

Les absences qui obscurcissent le dossier

L'avocat de la défense, maître Alexandre Novion, a déploré à plusieurs reprises l'absence de certains éléments cruciaux dans le dossier. Les chasseurs, certains témoins potentiels et divers experts dont l'audition avait été demandée lors de l'instruction n'ont pas toujours pu être entendus, créant ainsi des zones d'ombre dans cette affaire déjà complexe.

Ces absences, combinées aux expertises supplémentaires réclamées par la défense et refusées lors de la phase d'instruction, n'ont pas facilité la recherche de la vérité. Pourtant, malgré ces difficultés procédurales, les preuves scientifiques ont fini par parler d'elles-mêmes, convainquant finalement Christophe Ellul de la culpabilité de son propre chien.

Ce procès, qui se déroule devant le tribunal correctionnel de Soissons dans l'Aisne, continue d'explorer toutes les dimensions de cette tragédie qui a coûté la vie à une jeune femme et bouleversé l'existence de son compagnon. La reconnaissance par ce dernier de la responsabilité de Curtis marque une étape cruciale dans ce long cheminement judiciaire et personnel vers la vérité.