Scandale du périscolaire à Paris : qui porte la responsabilité ?
Scandale du périscolaire à Paris : qui est responsable ?

Comment avons-nous pu passer à côté de cet immense scandale ? Ces animateurs embauchés à la va-vite qui ont commis des délits, parfois des crimes, sur des enfants de maternelle ou de primaire. Des attouchements sur les fesses, sur le sexe, des faits d’exhibition sexuelle, des agressions plus caractérisées encore sur des enfants de moins de 15 ans, parfois de 2 ou 3 ans. Les vies de familles entières sont brisées et nous n’entendions pas. Pourquoi n’est-ce pas devenu une affaire nationale, l’affaire de tous ? Qu’avons-nous raté collectivement ?

Une autocritique nécessaire des médias

D’abord, il faut commencer par une autocritique des médias. Oui, il y a eu une émission de « Cash investigation » qui a mis à jour ces terribles actes. Oui, aujourd’hui, il y a un livre de notre consœur du Parisien Victoire Haffreingue-Moulart, « Les Rois du silence ». Elle a été une des premières à se saisir du scandale. Oui, il y a eu quelques articles ici et là, notamment en novembre 2025 lorsque éclatent les premiers signalements.

Mais alors que les gros titres de Unes se multipliaient sur les maltraitances à Bétharram, pour des faits remontant aux années 1950 à 2000, aucun suivi en revanche sur le scandale du périscolaire qui se déroulait au quotidien sous nos yeux. Le règlement de comptes politique contre le Premier ministre François Bayrou était plus important que la santé des enfants des maternelles parisiennes !

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Des enquêtes enfin lancées

Laure Beccuau, la procureure de Paris, a annoncé en début de semaine le lancement d’enquêtes sur 84 maternelles, 20 écoles primaires, une dizaine de crèches. Soit 110 établissements sur les près de 500 que compte la capitale. Dans la semaine, 16 interpellations ont eu lieu dans plusieurs écoles du VIIe arrondissement, 3 personnes déférées, 13 remises en liberté pour le moment, 44 enfants entendus par des psychologues et les magistrats. Tout s’accélère, mais pourquoi de tels délais ?

Onze ans d’inaction

Dès le 14 avril 2015, le maire du VIe arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, avait fait une première communication au Conseil de Paris. Et l’inspection générale de la Ville de Paris publiait un rapport très critique sur la gestion par la mairie des cas d’abus sexuels. Mais la réponse était la même : « Le risque Zéro n’existe pas. »

Onze ans d’inaction, de passivité, onze ans de mutations sanctions pour les personnes signalées qui ne faisaient que changer d’établissement. Pourquoi tous les autres hommes politiques non parisiens — mais de responsabilité nationale — ne se sont pas saisis de ce drame ? Des associations ont tiré la sonnette d’alarme, les candidats à l’élection municipale se sont emparés du sujet. Ils ont détaillé les faits et exprimé des reproches. C’est sans doute un des rares cas où un tel scandale ne provoque aucune sanction politique. Est-ce que les divisions des opposants au candidat du PS ont été fatales ? Le rejet des candidats de la droite et du centre a-t-il été plus fort que l’indignation des familles ? Pourtant, Rachida Dati mais aussi Sophia Chikirou ont martelé, répété, mis en cause l’équipe sortante.

Des actes isolés ou un fléau inévitable ?

Certes, la maltraitance des enfants dépasse le périphérique parisien mais est-il audible que les responsables de la municipalité réélus aient d’abord parlé « d’actes isolés » ou de « fléau inévitable » avant d’exprimer des regrets et un peu d’humilité ? Aujourd’hui, Emmanuel Grégoire veut montrer qu’il prend les choses au sérieux. Il était responsable des ressources humaines en 2015. Il propose 20 millions de budget pour refondre les activités périscolaires et sécuriser le recrutement.

Mais pour renouer la confiance, ne faut-il pas mettre à plat de façon claire les responsabilités des dysfonctionnements à chaque échelon, à chaque date ? Il ne s’agit ni de désigner tous les animateurs, il ne s’agit pas de dire qu’untel ou untel aurait laissé faire sciemment un tel scandale. Mais quel sens a la responsabilité politique si on ne se remet pas en question lorsque son administration a fauté ? Depuis, la réforme des rythmes scolaires de 2013, la fragmentation des responsabilités entre Ville, éducation nationale et l’État permet à chacun de se défausser.

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Une mission d’information enfin créée

Mercredi, Emmanuel Grégoire a enfin cédé à la demande de l’opposition : il a accepté de créer une mission d’information et d’évaluation sur la gestion du périscolaire. Et un projet de loi sur la protection des enfants doit également être examiné à l’Assemblée nationale. Trop tard pour réparer des familles entières traumatisées.