Dans le rétro : L'incroyable réunion d'une famille basque après 24 ans d'exil en URSS
Le 7 avril 1961 marque un jour historique pour une famille originaire du Pays basque espagnol. Après près d'un quart de siècle de séparation, des parents retrouvent leur enfant, Angel Jobantes Navalon, envoyé en Union soviétique en 1936 pour fuir les horreurs de la guerre civile espagnole. Cet événement poignant, relaté en une de Sud Ouest le 10 avril 1961, illustre les drames humains de ce conflit et la puissance de l'entraide.
La guerre civile espagnole et l'exode des civils basques
Entre 1936 et 1939, l'Espagne est déchirée par une guerre civile sanglante opposant le gouvernement républicain du Front populaire aux forces nationalistes du général Francisco Franco. Cette période tragique pousse de nombreux civils, notamment des Basques, à chercher refuge en France pour échapper aux combats incessants et aux persécutions.
En 1936, la famille d'Angel, alors âgé de seulement quatre ans, traverse le pont international d'Hendaye pour gagner la sécurité relative de la France. Comme sa mère le confiera plus tard à Sud Ouest, les violents affrontements dans le Pays basque ont contraint des milliers d'habitants à un exil douloureux et incertain.
L'exil en URSS et la longue séparation familiale
Une fois installés en France, les parents d'Angel prennent une décision déchirante : l'envoyer en Union soviétique. À cette époque, le gouvernement russe propose d'accueillir les enfants réfugiés des zones de combat, offrant ainsi un semblant de stabilité dans un monde en crise. Angel grandit donc loin des siens, apprenant à lire et à écrire dans les écoles soviétiques, tout en conservant un lien ténu avec sa langue et sa culture basques d'origine.
Les années passent, et Angel devient un adulte, travaillant dans une entreprise de construction en URSS, se mariant et fondant sa propre famille. Pendant ce temps, ses parents restent en France, ignorant presque tout de son sort, séparés par des milliers de kilomètres et les vicissitudes de l'histoire.
L'intervention décisive d'un couple bordelais
L'espoir renaît en 1959 grâce à Fulbert Garbay et son épouse, un couple de Bordelais en vacances à Bilbao. Touchés par la détresse d'une femme qui pleure en regardant jouer les enfants – la mère d'Angel – ils découvrent son histoire et se jurent de tout mettre en œuvre pour réunir la famille.
De retour à Bordeaux, les Garbay surmontent d'innombrables obstacles administratifs et géopolitiques. Avec peu d'informations, ils parviennent à localiser Angel en URSS et à établir un contact. Apprenant que son fils est vivant et bien, les parents retrouvent un espoir qu'ils avaient presque perdu.
Les retrouvailles émouvantes à Bordeaux en 1961
Angel, déterminé à revoir ses parents, travaille sans relâche pour économiser l'argent nécessaire au voyage. Il multiplie les heures supplémentaires et s'occupe des formalités complexes pour obtenir un visa lui permettant de séjourner en France jusqu'en mai 1961.
Le 7 avril 1961, le grand jour arrive enfin. Angel et sa famille débarquent d'Hendaye à la gare de Bordeaux. Après vingt-quatre longues années de séparation, les retrouvailles sont bouleversantes, mêlant larmes de joie et étreintes chaleureuses. Cet événement heureux fait la une de Sud Ouest trois jours plus tard, capturant l'émotion collective d'une région touchée par cette histoire.
Fulbert Garbay, l'artisan de cette réunion, déclare alors dans le journal : « C'est la plus belle victoire de ma carrière… ». Ses mots résument l'essence de cette aventure humaine : une victoire de la solidarité sur l'adversité, de l'espoir sur le désespoir.
Cette histoire rappelle les traumatismes durables de la guerre civile espagnole, mais aussi la capacité des individus à transcender les frontières et les conflits pour restaurer les liens familiaux brisés. Elle demeure un témoignage poignant de résilience et d'humanité dans un siècle marqué par les divisions.



