À moins d'une semaine de la rentrée scolaire, l'académie de Toulouse est totalement déconnectée. La mise en sécurité et la coupure totale du réseau informatique du rectorat, consécutives à la cyberattaque d'ampleur subie par le ministère de l'Éducation nationale révélée le 31 juillet, privent les équipes de leurs outils de travail au moment le plus critique de l'année. Jennifer Pelissier, co-secrétaire de la FSU-SNUipp 31, détaille la situation.
Aucune communication officielle possible
« Il n'y a eu aucune communication officielle, tout simplement parce que tous nos canaux numériques sont coupés ! », explique Jennifer Pelissier. Les enseignants et personnels de l'Éducation nationale ne peuvent pas accéder à leur messagerie, au site de la DSDN ni à certains logiciels. « Plus rien ne fonctionne », constate-t-elle. Les syndicats ont été prévenus en début de semaine par le recteur.
Pour l'académie de Toulouse, l'une des plus touchées, aucun retour à la normale n'est prévu avant au moins deux semaines. « Nous allons donc faire la rentrée sans aucun outil numérique, avec tout ce que cela implique », prévient la syndicaliste.
Des conséquences concrètes pour les élèves et les familles
Concrètement, ce black-out rend impossible la prise de contact avec les familles, l'inscription d'un élève ou l'édition d'une liste de classe. Dans le premier degré, « nous allons nous débrouiller, mais il y aura des ratés », admet Jennifer Pelissier. En maternelle, certains parents n'auront pas reçu l'information pour les rentrées échelonnées. L'organisation de l'inclusion des enfants à besoins particuliers est également très compliquée, et des collègues ne connaissent pas encore leur affectation. La syndicaliste assure toutefois qu'« aucun enfant ne sera laissé au bord du chemin pour un problème informatique ».
Dans le second degré, l'impossibilité d'éditer les emplois du temps ou les cartes de cantine risque d'être plus problématique. « Beaucoup de choses se retrouvent complètement bloquées », souligne-t-elle. Des problèmes d'affectation pourraient aussi survenir, certains enseignants ne sachant pas encore dans quel établissement ils doivent se rendre. « Nous espérons que les parents se montreront compréhensifs, car ce sont une fois de plus les personnels qui subissent les conséquences du manque d'investissement chronique dans nos systèmes informatiques », ajoute-t-elle.
Le « système D » et les inquiétudes sur les salaires
Le report de la rentrée n'a pas été envisagé ni communiqué comme une option. « Je doute fortement que ce soit une éventualité retenue par le rectorat », indique Jennifer Pelissier. Les équipes utilisent donc le « système D » : téléphones et adresses mails personnels, ce qui pose un problème sur le droit à la déconnexion. Dans le premier degré, beaucoup de choses sont anticipées avant les vacances, mais les arrivées d'élèves pendant l'été et les ajustements de dernière minute compliquent la tâche. « Globalement, nous allons réussir à nous débrouiller », assure-t-elle, citant l'exemple d'une mairie diffusant des informations via les réseaux sociaux. « Ce n'est pas la solution idéale, mais dans l'ensemble, la rentrée aura lieu. »
La syndicaliste redoute toutefois la surcharge de travail au rétablissement du réseau, avec le retard cumulé à traiter. Surtout, le blocage des logiciels administratifs fait craindre des retards de salaire pour les nouveaux enseignants et les contractuels. « Pour les titulaires déjà en poste, la paie de septembre sera versée. En revanche, pour les nouveaux enseignants et les contractuels qui ne sont pas encore enregistrés dans les bases, les ordres de paiement n'ont pas pu partir », précise-t-elle. Le ministère dit qu'il « fera le maximum », mais Jennifer Pelissier conclut : « nous savons bien ce que cela veut dire ».



