Un mois après l'incendie, la rentrée scolaire à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse marquée par la résilience
Dans l'école primaire Fabre d'Églantine de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, dans l'Aude, le retour en classe a été vécu comme un moment à la fois redouté et réparateur. Les enseignants avaient tout préparé pour recueillir la parole d'enfants encore sous le choc, soutenus par les services académiques. Cette rentrée, survenue un mois après l'incendie dévastateur du 5 août, s'est déroulée sous le signe de la résilience pour les 72 élèves de l'établissement.
Une cour de récréation entre normalité et souvenirs brûlants
Dans la cour de récréation de l'école primaire Fabre d'Églantine, le brouhaha et le remue-ménage d'une rentrée normale. Poursuites effrénées entre camarades, cases colorées d'une marelle déjà investie par de drôles de numéros. Mais dans le prolongement des lignes blanches tracées au sol pour les cours d'activité physique, les contours calcinés d'une colline rappellent à tout moment la proximité de la catastrophe.
Parce que la commune s'est retrouvée totalement entourée par les flammes, chaque pas dans les environs réveille des souvenirs brûlants ruminés avec un goût de cendres dans la bouche. "Comment ont-ils vécu ça avec leurs yeux d'enfants ?" s'interroge Claude Cabal, enseignante et directrice de l'établissement, elle-même au cœur du sinistre.
Le soutien essentiel des services académiques et des psychologues
Les services de l'Académie ont été attentifs pour anticiper cette reprise. Le Directeur académique (DASEN) de l'Aude, Joël Laporte, a effectué une visite des écoles du secteur dès le mardi 2 septembre. "Pour réussir une rentrée ordinaire, il a fallu la mobilisation de tous les personnels. Car dans ce contexte, tout le monde aurait pu s'effondrer", souligne-t-il.
Dès cette semaine, les psychologues de l'éducation nationale devaient passer dans les écoles pour prendre le relais de la cellule de soutien psychologique mise en place dans le village par l'ARS cet été. La vigilance est le mot d'ordre pour tout l'encadrement. "On observe, on guette des signes de mal-être", explique Claude Cabal.
Reconstruire par le dessin, l'art et les sorties
"On est déjà dans l'après, confirme la directrice. Comment passer ça et reconstruire. Par le dessin, l'art, la musique. Bâtir l'histoire d'un animal qui vit dans les Corbières. On veut aussi organiser une randonnée avec une association pour leur faire voir un peu de verdure, réentendre les oiseaux qui ont fui les alentours."
Réinvestir cet espace abîmé, tout simplement. Comme pour emprunter à la nature un peu de sa résilience. "Pour les enfants qui ont vu le feu cerner le village, il y a eu un sentiment d'enfermement, de panique", confirme Christine Dayer, élue municipale en charge du social et de l'éducation.
Une communauté unie face à l'adversité
Viticultrice, l'élue a perdu 90 % de sa production, très impactée, comme le mari de Claude Cabal. "On est tous concernés, tous dans la même marmite, soupire la directrice. Mais ici, la résilience, on sait ce que c'est. On en a vu d'autres entre les inondations, la grêle, les gelées. Et on s'est toujours relevés."
Les plus jeunes, des petite et moyenne sections de maternelles, n'en parlent pas. "Je crois qu'ils ne se sont pas rendu compte ou qu'ils ont été bien préservés de l'impact par leurs parents", explique Rémi, l'instituteur des plus jeunes. "En revanche, ceux de grande section (5 ans), en parlent d'eux-mêmes. On recueille la parole, on rassure, mais on n'est pas là pour rajouter de l'angoisse."
"En parler entre eux, retrouver l'école, leur donne un sentiment de normalité qui leur fait du bien", confie une maman. Cette rentrée, malgré les cicatrices encore vives, symbolise un premier pas vers la reconstruction pour toute la communauté de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse.



