Le lourd verdict de l'affaire des infanticides de Louchats
Le 18 mars 2018 s'ouvrait devant la cour d'assises de la Gironde l'un des procès les plus marquants de la décennie en matière d'infanticides multiples. Ramona Canete, 38 ans, ouvrière agricole résidant à Louchats, une petite commune du sud de la Gironde, était accusée du meurtre de cinq de ses nouveau-nés, nés entre 2005 et 2015. Le 23 mars 2018, le verdict est tombé : huit ans de prison.
Une femme ordinaire au cœur d'un drame extraordinaire
Comment cette femme décrite par son entourage comme une mère aimante, une épouse sans histoires et une travailleuse modèle a-t-elle pu commettre l'impensable ? Cette question a hanté tout le procès. Ramona Canete, petite brune menue, avait réussi à cacher ses grossesses successives pendant dix ans, y compris à son mari et à ses proches dans ce village où tout le monde se connaît.
Son avocat, Me Arnaud Dupin, a décrit une femme « en grande souffrance, prisonnière de son couple formé dès l'adolescence, d'un mari dominant et jaloux ». Incapable d'assumer ses grossesses, elle serait entrée dans « une spirale infernale » selon la défense.
La macabre découverte qui a tout révélé
Le 19 mars 2015, le quotidien apparemment ordinaire de la famille Canete a basculé. L'une de leurs filles a découvert un sac isotherme caché sous un bureau dans la maison familiale. À l'intérieur, le corps d'un nouveau-né. Alertés, les gendarmes ont procédé à des fouilles approfondies.
Dans une remise, un congélateur a attiré leur attention. Ils y ont découvert quatre autres corps de nourrissons. Les autopsies ont révélé que tous les bébés étaient nés viables, les grossesses ayant été menées à leur terme. La communauté de Louchats, où le couple était apprécié, s'est réveillée abasourdie par cette révélation.
Un mari épargné par la justice mais pas par les doutes
Juan-Carlos Canete, le mari de Ramona et père des bébés, a été mis en examen au début de la procédure pour « recel de cadavres » et « non-dénonciation de crimes ». Il a toujours clamé son innocence, affirmant n'avoir jamais rien su des grossesses de sa femme qui, selon ses dires, accouchait seule dans son bain à chaque fois.
À l'issue de l'instruction, il a obtenu un non-lieu. Cependant, la famille de Ramona a fait appel de cette décision, estimant qu'il « avait une part de responsabilité ». Son avocate, Me Sandrine Joinau-Dumail, a précisé que sa décision de se constituer partie civile visait à « être partie au procès et non simple témoin ».
Le procès et la condamnation
Pendant les audiences, Ramona Canete a reconnu avoir laissé ses bébés au fond de l'eau après avoir accouché dans la baignoire, avant de les congeler. Cependant, elle a déclaré à la barre ne pas se souvenir réellement des événements. « Je n'aurais jamais imaginé qu'un jour je serais capable de faire ça », a-t-elle affirmé entre deux sanglots.
La veille du verdict, le procureur avait requis douze ans de réclusion criminelle. Finalement, la cour d'assises a prononcé une peine de huit ans de prison. Depuis la prison de Gradignan où elle est incarcérée, Ramona Canete a demandé le divorce.
Une affaire aux multiples interrogations
Cette affaire, l'une des principales d'infanticides multiples en France ces quinze dernières années, continue de soulever de nombreuses questions. Comment une femme a-t-elle pu cacher autant de grossesses dans un petit village ? Quel était réellement le fonctionnement de ce couple ?
L'avocat de la famille de Ramona, Me Jean Gonthier, a résumé l'état d'esprit des proches : « Mes clients ont de nombreuses interrogations que l'instruction n'a pas levées. Ils veulent comprendre ce qui a pu conduire leur fille et sœur à commettre l'impensable. »
L'affaire des infanticides de Louchats reste gravée dans la mémoire collective de la Gironde, rappelant combien les apparences peuvent parfois cacher les drames les plus insondables.



