Le procès des meurtriers présumés d'Antonio Delorme s'ouvre à Saintes
Ce lundi 23 février 2026 marquera le début d'une épreuve judiciaire cruciale à Saintes. Le procès aux assises des trois hommes accusés du meurtre d'Antonio Delorme, battu à mort en août 2022 sur l'aire d'accueil des gens du voyage de Rochefort, s'ouvrira pour quatre jours d'audience. Dans l'intimité de leur douleur, sa veuve et ses quatre enfants acceptent de rompre le silence pour évoquer le calvaire d'une famille dévastée par l'absence et obsédée par la quête de vérité.
Un deuil impossible et une double peine
Antonio Delorme avait 40 ans lorsqu'il a été arraché aux siens dans la nuit du 19 au 20 août 2022. Depuis ce jour tragique, le temps s'est figé pour sa famille. « Le 20 août 2022, on a assassiné mon mari mais une partie de moi est partie avec lui. C'est comme s'ils avaient assassiné toute notre famille », confie sa veuve, qui préfère garder l'anonymat par crainte de représailles. Elle exprime avec force ce sentiment de double peine qui hante les proches de la victime.
« On attend qu'ils prennent la peine maximale. Eux, ils risquent 'juste' une peine de prison. Nous, en fait, ils nous ont mis perpète. Nous sommes dans une prison à vie », lâche-t-elle d'une voix marquée par les médicaments et les nuits sans sommeil. Son quotidien est devenu une succession de rituels morbides : « Ça fait trois ans et demi que je n'ai plus jamais regardé la télé, je porte toujours du noir, je ne mange plus de viande rouge ».
Les rituels du vide et la survie au quotidien
La présence d'Antonio habite chaque instant de la vie des Delorme. « Ça fait trois ans et demi qu'il n'y a pas un matin où je ne me suis pas levée pour préparer mon café et préparer le sien aussi », raconte sa veuve. La chaise reste vide, la tasse refroidit, mais le geste persiste, comme une incantation contre l'oubli.
Ses quatre enfants portent le même fardeau insupportable. L'absence de ce « pilier de la famille » a tout disloqué. « Il n'y a pas un Noël, un anniversaire où il n'est pas présent », expliquent-ils. Désormais, chaque célébration se déroule près de sa tombe. Le 7 février dernier, Antonio aurait eu 44 ans. « Comme tous les ans, on va aller manger le gâteau avec lui, au cimetière », précise un des fils. « On ne vit pas, on survit », résume-t-il amèrement.
L'attente déchirante des petits-enfants
La fille aînée évoque sa propre fille, qui n'avait que 2 ans au moment de la mort de son « Papou ». « Elle grandit avec un fantôme, elle a l'espoir de le revoir un jour. Elle sait qu'il est parti mais elle dit qu'il va revenir », raconte la mère. Cette attente déchirante persiste malgré un lourd suivi psychologique pour toute la famille.
Les zones d'ombre de l'enquête
La douleur est exacerbée par l'identité des accusés. Les trois hommes mis en cause sont eux aussi issus de la communauté des gens du voyage. La famille, qui salue le travail des enquêteurs, pointe cependant des incohérences et des manœuvres suspectes. « Ils ont effacé leurs traces dans le camion de mon père mais ils ont son ADN sous leurs ongles », affirme un des enfants.
Si le mobile reste flou, la famille est convaincue qu'il ne s'agissait pas d'une simple rixe. « Ils ont tué mon père alors qu'il était au sol », intervient la cadette. Pour rappel, fin mai 2023, trois suspects âgés de 35, 38 et 69 ans ont été interpellés dans le Loiret, mis en examen et placés en détention provisoire. En juin 2024, une confrontation organisée par la justice entre deux accusés et la famille n'a pas permis de comprendre les raisons de l'altercation fatale.
La peur et l'impossible fuite
À l'approche du procès, l'angoisse grandit. « On a peur de tout. On a constamment besoin de savoir où est chacun d'entre nous, quand il n'y a pas de réseau, on panique », avoue la compagne de la victime. Déménager ? Fuir cette atmosphère oppressante ? Impossible. « On ne peut pas partir. Mon mari est là-bas, au cimetière. On ne peut pas le laisser tout seul », pleure sa veuve.
Quatre jours d'audience pour une quête de justice
Du 23 au 26 février, la famille devra affronter l'épreuve du tribunal de Saintes. « On veut juste que justice soit faite », martèle l'épouse. Pour les enfants, le procès ne ramènera pas leur père, ni la joie de vivre. Mais il pourrait peut-être mettre fin au silence et à l'absence d'explications de ceux qui, depuis trois ans, « se renvoient la balle » en laissant une famille entière plongée dans un deuil impossible.



