Procès Narumi : un troisième acte judiciaire hors norme s'ouvre à Lyon
Le troisième procès de Nicolas Zepeda s'ouvre ce mardi à Lyon devant la cour d'assises du Rhône, dans une affaire d'assassinat sans cadavre ni aveux. Le Chilien de 36 ans, dont la condamnation en appel a été annulée, est accusé du meurtre de son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki, disparue à Besançon en décembre 2016. Malgré l'absence de preuves matérielles directes, l'accusation défend la thèse d'un féminicide prémédité, s'appuyant sur un ensemble d'indices concordants.
Un parcours judiciaire tumultueux
Nicolas Zepeda a déjà été condamné deux fois à 28 ans de réclusion criminelle, en 2022 puis en 2023, avant de bénéficier d'une annulation de verdict par la Cour de cassation en 2025 pour vice de procédure. Détenu depuis six ans après son extradition du Chili, il nie farouchement les faits. Ce nouveau procès s'annonce hors norme, avec la présence de traducteurs en japonais et espagnol, des témoignages en visioconférence sur trois continents, et une soixantaine de journalistes français et étrangers attendus.
Les indices accablants de l'accusation
L'enquête a mis en lumière plusieurs éléments graves :
- Des achats suspects effectués par Zepeda, dont un bidon de produit combustible, des allumettes et un détergent à l'eau de javel.
- Des messages incohérents envoyés depuis le téléphone de Narumi après sa disparition, prétendant qu'elle se trouvait à Lyon pour renouveler son visa.
- Le bornage GPS du suspect dans un sous-bois près d'une rivière, où il est passé avant et après les faits présumés.
- Un billet de TGV acheté au nom de Narumi depuis un centre commercial où Zepeda se trouvait, mais jamais utilisé par la victime.
L'accusation reconstruit un scénario implacable : Zepeda, éconduit par Narumi qui avait un nouvel amoureux, aurait planifié et commis un crime de possession, étranglant ou étouffant la jeune femme avant de dissimuler son corps.
La défense plaide l'innocence
La défense, menée par l'avocat Sylvain Cormier, argue de l'absence de corps et de preuves matérielles pour réclamer un acquittement au bénéfice du doute. Zepeda maintient sa version : après un dîner au restaurant avec Narumi le 4 décembre 2016, ils auraient eu des relations sexuelles dans sa chambre, et les hurlements entendus par des voisins seraient dus à des gémissements expressifs. Il affirme être resté dans la chambre plus de 24 heures pour des raisons personnelles.
Un contexte troublant
Narumi Kurosaki, étudiante japonaise de 21 ans, avait commencé des cours de français à Besançon à la rentrée 2016. Sa relation avec Zepeda, rencontré au Japon en 2014, s'était détériorée en raison de son comportement possessif. Le 4 décembre, elle est vue vivante pour la dernière fois regagnant sa résidence universitaire. Les enquêteurs excluent la fugue, car ses effets personnels, dont son portefeuille et son manteau, sont restés dans sa chambre, qui présentait des traces de nettoyage récent.
De plus, une discussion troublante a été relevée : avant de retourner au Chili, Zepeda a interrogé son cousin sur la mort par asphyxie et comment déterminer si une personne est vivante après une pendaison. Les jurés devront se forger une intime conviction face à ces éléments, dans un procès qui promet d'être intense et médiatisé.



