Le procès du chien Curtis s'intensifie avec des accusations contre la chasse à courre
Ce mercredi 4 mars, lors du deuxième jour du procès de Christophe Ellul devant le tribunal correctionnel de Soissons, les débats se sont focalisés sur le rôle potentiel de la chasse à courre dans la tragédie survenue en forêt de Retz dans l'Aisne. C'est dans ce cadre boisé que le corps sans vie d'Elisa Pilarski, une jeune Béarnaise de 29 ans, a été découvert le 16 novembre 2019. L'audience du matin a été entièrement consacrée à examiner les circonstances entourant la présence des équipages de vénerie ce jour-là, un élément central dans la stratégie de la défense.
Christophe Ellul maintient son innocence et cible les chiens de chasse
Depuis le début de cette affaire judiciaire, Christophe Ellul, mis en examen pour homicide involontaire avec circonstances aggravantes, persiste à affirmer que son chien Curtis, un whippet assimilé à un pitbull, n'est pas responsable des multiples morsures fatales infligées à sa compagne. Dès l'ouverture de son procès le mardi 3 mars, il a orienté les soupçons vers la chasse à courre qui se déroulait simultanément dans le secteur. « Je ne souhaite pas porter d'accusations gratuites, mais à mon arrivée sur les lieux, j'ai observé plusieurs chiens de chasse, » a-t-il témoigné à la barre. « Par la suite, j'en ai croisé d'autres, qui étaient visiblement différents. »
Le prévenu s'est également interrogé sur le départ précipité des meutes après la macabre découverte. « Curtis a été immédiatement soumis à un examen vétérinaire pour vérifier l'absence de matières organiques dans sa gueule, tandis que les chiens de chasse sont rentrés rapidement. Ils ont pu manger et boire sans délai, » a-t-il souligné, insinuant une possible dissimulation. La procureure Laureydane Ortuno a toutefois tempéré ces allégations en rappelant que « ces chiens ont subi exactement les mêmes analyses, » ce à quoi Christophe Ellul a rétorqué : « Oui, mais avec un décalage de deux heures. »
La défense soulève des questions sur le comportement des autorités
Me Alexandre Novion, avocat de la défense, est allé plus loin en mettant en cause les agissements du lieutenant-colonel commandant le groupement de gendarmerie de l'Aisne. Cet officier, invité à titre privé par les organisateurs de la chasse ce jour-là, n'a pas retenu les chiens sur place malgré un appel téléphonique de l'officier de police judiciaire de permanence l'informant « qu'un corps féminin avait été trouvé en forêt suite à un incident de chasse. » Cet épisode alimente les interrogations sur une éventuelle négligence ou partialité.
En réponse, Me Guillaume Demarcq, représentant la société de vénerie en tant que partie civile, a défendu la position des chasseurs. « Il y avait 21 chiens de races complètement distinctes, » a-t-il précisé. « Que fallait-il faire de plus pour démontrer que la chasse est étrangère à cet événement ? » Cette déclination souligne la complexité de l'enquête, où la multiplicité des animaux présents complique l'attribution des responsabilités.
Les expertises génétiques au cœur de l'après-midi judiciaire
L'audience de ce mercredi après-midi s'est orientée vers l'examen minutieux des rapports d'expertise génétique réalisés sur Curtis. Ces analyses, couplées à l'étude des mesures des écartements des crocs ayant causé les blessures mortelles, sont déterminantes pour établir ou infirmer la culpabilité du chien. Les magistrats ont scruté ces éléments scientifiques avec attention, cherchant à démêler le vrai du faux dans une affaire où les émotions et les intérêts divergent fortement.
Le procès, qui se poursuit, promet encore des rebondissements alors que la famille d'Elisa Pilarski attend justice et que Christophe Ellul continue de clamer son innocence. Les prochaines audiences devraient approfondir les contradictions entre les versions des différentes parties, dans une quête de vérité qui reste douloureuse pour tous les protagonistes.



