Le procès du commando chargé de tuer Mahammad Mirzali, 32 ans, un blogueur azéri réfugié politique en France qui a survécu à trois tentatives d'assassinat, s'ouvre ce mardi devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, sous haute protection.
Un opposant traqué
Farouche opposant au régime du président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, journaliste indépendant et blogueur, Mahammad Mirzali a été par trois fois la cible d'une tentative d'assassinat sur le sol français. Perpétrée à coups de couteau et de cutter le 14 mars 2021 à Nantes, la plus violente lui a laissé de nombreuses séquelles et un fort traumatisme psychique. Placé depuis sous protection policière permanente, il réside sous une fausse identité à une adresse tenue secrète. Contraint à changer souvent de domicile et de numéro de téléphone, il est privé de toute vie sociale.
« Ma vie, ce n'est pas une vie, déplore-t-il. Je me sens comme en prison. »
Au terme d'une instruction tentaculaire, dix hommes, dont deux de ses assaillants (le troisième, en fuite, est visé par un mandat d'arrêt) ont été renvoyés devant la cour d'assises de Rennes. Leur procès pour « tentative de meurtre en bande organisée » et « association de malfaiteurs en vue de la commission d'un crime » s'ouvre ce mardi 26 mai.
Un commando organisé
L'un des assaillants de mars 2021 avait été interpellé plus d'un an plus tard lors d'un contrôle douanier, le 12 juin 2022 au péage de Corzé. Dans le GPS d'un premier véhicule, qu'il suivait, et qui s'avérera bourré d'armes, figuraient l'adresse et la photo de Mahammad Mirzali. Barbes teintes en blond, les comparses avaient déjà effectué maints repérages.
« Les investigations ont démontré l'existence d'un commando qui a traversé l'Europe pour se rendre à Nantes et tuer Mahammad Mirzali. Trois auteurs, en fuite vers la Turquie dès le soir des faits, ont bénéficié de plusieurs soutiens logistiques en France et à travers l'Europe », indique l'acte d'accusation.
« Ce procès démontrera l'existence d'une organisation structurée et méthodique pour atteindre sa cible », soulignent les avocats de Mahammad Mirzali, Mes Henri Carpentier et Benoit Poquet. Les deux pénalistes insistent sur son caractère exceptionnel : « L'enjeu de ce procès est la liberté : la liberté de critiquer un régime autoritaire, la liberté de vivre sous la protection de la France sans crainte d'être assassiné. »
Menaces et tentatives
Incessantes sur les réseaux sociaux, où ce pourfendeur de la corruption du clan Aliev anime notamment un blog en trois langues (Made in Azerbaïdjan), les menaces de mort visant Mahammad Mirzali en France, où il s'est réfugié en 2016, ont pris corps pour la première fois en octobre 2020. Un matin, alors qu'il part travailler en voiture, un homme lui tire dessus à bout portant à travers la vitre – « mais l'arme s'est enrayée », raconte-t-il. Il parvient à s'enfuir mais est touché à l'épaule.
Pour les deux autres tentatives, objet de ce procès, une première condamnation à dix ans de prison a été prononcée à Rennes (confirmée en appel) à l'encontre d'un des malfaiteurs. « Ceux qui ont voulu me faire taire, m'intimider, m'éliminer, doivent savoir que le pouvoir de la parole triomphera toujours », s'était alors félicité Mahammad Mirzali.
Commanditaires présumés
L'instruction n'a pas permis de remonter jusqu'aux commanditaires de ces tentatives d'assassinat. Le blogueur azéri assène sa certitude : « C'est le président Aliyev. » Il sait que le contexte géopolitique pèse sur son dossier – depuis l'invasion de l'Ukraine, l'Azerbaïdjan est devenu un important pourvoyeur de gaz pour l'Europe. Il souhaiterait aussi que les opposants azéris réfugiés en France bénéficient des mêmes égards que les opposants russes ciblés par Poutine. En 2024, un ancien procureur azéri de 62 ans, réfugié en France, a été assassiné à Mulhouse.
« Même si j'arrête (de militer), rien ne changera, redoute Mahammad Mirzali. Même si ces hommes sont condamnés, je ne serai toujours pas libre de sortir dans la rue et de m'occuper de ma famille. » Pour pallier symboliquement « la rupture totale des liens familiaux » que leur client endure, Mes Henri Carpentier et Benoit Poquet entendent constituer ses parents parties civiles à l'audience. Le procès doit se tenir jusqu'au 12 juin.



