Au début, l'homme qui rendait visite à leur maman à La Seyne-sur-Mer (Var) donnait l'apparence d'un beau-père attentif. « Il venait une fois tous les 15 jours avec le McDo. Pour ça, on l'appelait Monsieur McDo », se souvient Maëlys, la cadette, devant la cour d'assises de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), où Guillaume B. est jugé pour avoir violé, torturé et prostitué Laëtitia, sa mère, pendant sept ans. Maëlys avait 10 ans lorsque Guillaume B. est entré dans sa vie.
L'atmosphère s'alourdit lorsque Laëtitia est contrainte de fermer son bar à ongles. « Guillaume ne voulait plus qu'elle travaille à l'extérieur, alors maman recevait les clientes à la maison », se remémore Maëlys. Depuis la chambre où ils dorment, les enfants perçoivent les prémices de la violence que l'ancien banquier va exercer sur leur mère. Leurs nuits se remplissent « de cris et de bruits de coups ».
Dictature domestique
La mécanique s'enclenche définitivement en 2017, lorsque la fratrie emménage chez Guillaume B. à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence). Le foyer prend des allures de caserne militaire. L'espace manque cruellement : le week-end, Maëlys et Lucas (le prénom a été changé) partagent une chambre de 11 m2 avec les enfants de Guillaume B. Maëlys « n'avait pas le droit qu'à deux étagères pour poser ses affaires », lesquelles devaient être retirées le week-end pour ne pas perturber le fils de son beau-père, en situation de handicap.
Les règles imposées sont tyranniques. L'après-midi, Lucas, le troisième de la fratrie, âgé de 7 ans à l'époque des faits, est forcé de rester dehors des heures durant. « Si on demandait à rentrer même pour boire un verre d'eau, on était punis », confesse le jeune homme. Les sanctions disproportionnées pleuvent. Pour des sandales Crocs mal rangées, Lucas aurait, selon ses dires, été privé d'écrans pendant des semaines. Parce qu'elle a été notée en dessous de 16 sur 20, Maëlys dit avoir été contrainte de copier l'intégralité d'un manuel d'histoire à la main. « J'avais une peur bleue d'être kidnappée sur le chemin de l'école. Un jour, j'ai raté le bus. Pendant des semaines, Guillaume m'a forcée à effectuer le trajet à pied. Tous les matins, à 7h30, je devais longer seule un canal. J'étais en pleurs », raconte la jeune femme, la voix chargée de larmes.
La violence est aussi verbale. À Jade, l'aînée qui était adolescente lors de cette cohabitation subie, le beau-père aurait tenu des propos sexualisés. « Ça se voit que tu n'as jamais rien fait. Le jour où tu tireras ton coup tu vas te décoincer… » De son côté, Lucas affirme aussi que l'accusé « était méchant avec lui dans ses paroles ». « Il disait souvent que j'étais le con de service », souffle le jeune adulte, qui n'adresse pas un regard à l'homme présent derrière le box vitré.
Témoins impuissants de la descente aux enfers de leur mère
Mais le plus insoutenable pour les enfants reste d'avoir assisté en direct à la descente aux enfers de leur mère, passée de « fusionnelle » à « méchante ». « À La Seyne-sur-Mer, maman a commencé à avoir les fesses remplies de bleus et à se cacher », poursuit Jade. En voiture, lors des trajets pour aller chez leur père, Maëlys et Lucas voient le téléphone posé sur le tableau de bord et entendent Laëtitia, terrorisée, appeler son « maître ». « Vu comment elle s'habillait, on était choqués. Je ne voulais pas que mes amis la voient comme ça car elle ne mettait pas de culotte », détaille Maëlys. À chaque nouvelle déclaration des enfants, un silence de plomb gagne la salle comble.
Les petits auraient fini par être témoins directs de la violence physique exercée par Guillaume B. à l'encontre de leur mère. Tous relatent avec leurs mots un épisode de violence qui les aurait particulièrement marqués. Une dispute éclate. Les enfants retrouvent leur mère en larmes, la lèvre ouverte et en sang. Guillaume B., qui « aurait jeté une théière au visage » de sa compagne, refuse catégoriquement de l'emmener à l'hôpital. Face à cette scène, Maëlys affirme avoir fait « sa toute première crise d'angoisse ». Accrochée à sa feuille, la jeune femme conclut son témoignage avec cette phrase qui glace l'assemblée : « J'avais peur que maman se suicide. »



