Prière mortuaire pour Ahmed, 57 ans, tué lors de la fusillade à Nice
Prière mortuaire pour Ahmed, 57 ans, tué à Nice

Deux semaines après la fusillade de la place des Amaryllis à Nice, la communauté s’est rassemblée ce vendredi 22 mai 2026 au côté de la famille pour la prière mortuaire d’Ahmed, 57 ans, fauché par les balles. Le cercueil, sobre, en bois clair, drapé d’un tissu vert et or, est sorti vers 14h15 de ce que les habitants des Moulins appellent la « petite mosquée ». Le vert, couleur du paradis et de l’immortalité dans l’islam. « Ahmed est mort en martyr, les portes du paradis lui sont grandes ouvertes. Et vendredi c’est la prière sacrée, on parle de la vie, de ce qui nous attend », soupire Fouzia, une amie et voisine de la famille.

Retour vers sa terre natale

Ce qui attend Ahmed, c’est le retour vers sa terre natale. La dépouille du père de famille s’envole dimanche 24 mai 2026. « Il était de Meknès », confie sa belle-sœur, Halima, en ajustant son foulard dans un sourire pudique. Meknès, une ville impériale du nord du Maroc, loin de la violence des Moulins.

Une mosquée trop petite

Un peu plus tôt, dès 13h15, la communauté s’était donné rendez-vous à la mosquée d’Al Salaam, avenue de la Méditerranée, au cœur du quartier, pour la prière de Janaza, la prière mortuaire des musulmans. Les murs de la salle de prière ne suffisent pas à contenir la foule des hommes venus dire adieu à ce père de quatre enfants. À l’écart, les femmes et les enfants se serrent les uns contre les autres. Au centre du groupe, Souad, la veuve d’Ahmed, toute de blanc vêtue, les enfants du défunt Miranda, Lina, Malik et Célia, ou encore l’une de ses sœurs, Leïla. Sous le soleil de plomb de cet après-midi de mai, le murmure de la prière des hommes s’élève doucement entre les barres d’immeuble. Les femmes essuient d’un même geste sueur et larmes qui perlent sur leurs visages.

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Prière pour Adilson, mardi

Il y a douze jours, Ahmed a croisé la route du tueur venu semer la mort à l’arme automatique sur la petite place des Amaryllis. Une victime innocente, fauchée presque à l’heure où les enfants sortent de l’école. Cet habitant des Moulins âgé de 57 ans a poussé son dernier soupir tout près d’Adilson, 39 ans, l’autre victime de ce 11 mai. Ils étaient tous les deux des figures appréciées du quartier sans aucun lien avec le trafic de drogue qui gangrène le quotidien des habitants et plonge la cité dans une angoisse dévorante. Pour Adilson, la salât Al Janaza aura lieu mardi, avant son inhumation au carré musulman du cimetière de l’Est.

« C’était un homme bon »

À mesure que les minutes passent, les abords de la mosquée continuent de se remplir. C’est tout un quartier qui fait bloc, solidaire. « C’était un homme bon », répète Halima. « Un père extraordinaire », renchérit une voisine, elle aussi appelée Leïla. Mais derrière le deuil, la peur et la lassitude, encore et encore. Ici, la mort rôde à chaque coin de rue. « Tous les jours, on se demande : à qui le tour maintenant ? », lâche la belle-sœur d’Ahmed. « Le fléau ici, c’est la drogue, les points de deal, les dealers… »

Les oubliés de la République

« On a peur d’élever nos enfants ici », regrette Leïla. « On est les oubliés. Ils ont laissé faire pendant des années et voilà où on en est. L’État doit regarder nos quartiers, pas faire comme si on n’existait pas. Ils n’ont pas compris qu’il faut miser sur l’éducation, envoyer des enseignants plus expérimentés », dit-elle encore. Fouzia acquiesce. D’un geste de la main, elle désigne l’une des tours qui les domine : « Le fléau ici, c’est la drogue. Les points de deal et les dealers qui attirent les gamins avec l’argent ».

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Un quotidien d’injustices

Autour d’elle, les langues se délient pour décrire une cité à l’abandon, un quotidien fait d’injustices ordinaires. « C’est sale, il n’y a aucun suivi. Par contre on paye ! On n’a pas d’eau chaude, pas d’ascenseur, mais on paye ! Et cher en plus », grince-t-elle. « Moi je paie un jardinier dans les charges, je ne l’ai jamais vu de ma vie », enchaîne Halima. « Avant, il y avait une ou deux référentes par immeuble, je sais je l’étais. Et puis ils ont tout supprimé, c’était bien, ça servait vraiment ! J’espère que la nouvelle municipalité va le remettre en place », se souvient Fouzia, alors que les portes du véhicule funéraire se referment sur le cercueil d’Ahmed. Autour du convoi qui s’ébranle, les hommes baissent la tête. Les femmes se serrent une dernière fois dans les bras.