Le 26 mai, un animateur de l'école maternelle Alphonse-Baudin, dans le XIe arrondissement de Paris, comparaîtra devant le tribunal judiciaire pour des faits d'agressions sexuelles sur huit enfants, dont trois dans le cadre d'une citation directe. Alors que le procès s'ouvre, Jérôme (le prénom a été modifié), père d'une des victimes, a accepté de témoigner, non pour exprimer son chagrin, mais pour libérer sa colère face aux dysfonctionnements qu'il dénonce.
Un père en colère contre le système
« Si vous voulez de l'émotion, ce n'est pas vers moi qu'il faut se tourner. Moi, je suis un père en colère », déclare-t-il d'emblée. Il explique que son exaspération vient des défaillances institutionnelles qu'il a découvertes après que sa fille a révélé avoir été agressée. « J'aimerais juste que le système fonctionne, parce qu'il n'a jamais fonctionné », lâche-t-il, faisant référence à un autre cas similaire dans une école du même arrondissement, où un animateur avait déjà été mis en examen pour des faits similaires sans avoir été écarté.
Jérôme fustige le silence et l'inaction de plusieurs acteurs : « Il y a deux maîtresses, un directeur d'école, une responsable du périscolaire, qui sont au courant, et aucun qui n'a fait quoi que ce soit. » Il exprime une colère particulière envers la mairie de Paris : « J'en veux autant à la mairie qu'à lui… Et je trouve indécent le fait que la Ville se soit portée partie civile. »
Des alertes ignorées
Selon le père, bien avant les révélations d'avril 2025, une mère d'élève avait signalé des attouchements aux toilettes. Si le directeur avait d'abord été soupçonné, les regards se sont ensuite tournés vers l'équipe d'animation. Malgré ces alertes, aucune mesure n'a été prise. Jérôme dénonce également le silence des représentants des parents d'élèves, pourtant informés de violences physiques et morales, comme des enfants punis en étant mis derrière des poubelles ou menacés verbalement. « Ils n'ont rien dit aux autres parents », s'indigne-t-il.
Un procès attendu
L'animateur devra répondre d'agressions sexuelles sur huit enfants et une collègue, ainsi que de harcèlement sexuel sur deux animatrices. Jérôme attend de la justice qu'elle soit à la hauteur : « Je respecte la justice. Je veux qu'il soit jugé conformément à ses droits et à la hauteur de ce qu'il a fait. Moi, je crois ma fille. Et j'espère qu'on saura interpréter les mots d'un enfant de 3 ans. »



