Pourquoi le true crime fascine : un documentaire choc sur notre obsession des faits divers
Pourquoi le true crime fascine : un doc choc sur les faits divers

À l'heure où le "true crime" s'impose comme un genre dominant, "Curiosité morbide" propose une exploration à la fois intime et critique de ce phénomène, à travers le regard de Liv, créatrice de contenus qui en interroge les codes, les dérives et les limites. Entretien avec le réalisateur de ce documentaire, le Montpelliérain Alexandre Pierrin.

Le succès du "True crime" ne se dément pas. Comment expliquez-vous cette fascination collective ?

Pour moi, se demander pourquoi les gens sont fascinés par les crimes, c'est un peu comme se demander pourquoi les humains font la guerre. Dans mon documentaire, "Curiosité morbide", j'ai essayé de prendre un angle vraiment numérique parce que le sujet est tellement large qu'il fallait avoir un angle précis. Il faut notamment savoir qu'il y a beaucoup de femmes qui regardent des contenus "true crime" parce que ça leur permet de se projeter dans des situations qu'elles craignent, d'essayer d'identifier des signaux qui leur permettraient de ne pas se retrouver dans ces situations-là.

"Tout le monde peut être confronté à ces crimes"

C'est ce que la psychologue interrogée dans le documentaire appelle "une attitude contraphobique". C'est-à-dire, on a peur de quelque chose et donc on va aller se renseigner pour éviter de s'y retrouver piégé un jour. Tout le monde peut être confronté à ces crimes et c'est ce qui fait que ces "true crime" font de l'audience car on se sent concerné.

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Êtes-vous, vous-même, accro aux faits divers ?

Pas du tout. Et, justement, je trouve que c'est souvent une bonne approche, quand on est documentariste, de découvrir un sujet à travers l'œil de celui qui ne connaît pas du tout l'univers et qui le découvre de A à Z. Ça permet de ne pas oublier quelles sont les choses fondamentales à raconter pour des personnes profanes sur le sujet.

Qu'est-ce qui vous a attiré, cinématographiquement parlant ?

Je trouvais intéressant qu'un documentaire se penche sur tous ces faits divers qui bombardent notre quotidien d'images sanglantes. En outre, c'est la première fois que j'utilise autant l'IA dans un documentaire pour faire apparaître des présences fantomatiques afin d'exemplifier l'imaginaire de Liv. C'est une utilisation positive qui donne une vraie patte au documentaire. Et ce, sans tomber dans le gore… De toute façon, en travaillant pour France TV Slash et YouTube, on savait qu'on était contraint de ce côté-là. Mais je trouve, de toute façon, que ce n'était pas nécessaire de rentrer dans les détails des affaires.

Comment avez-vous rencontré Liv, connue pour être la première youtubeuse du crime en France ?

C'est un producteur qui nous a mis en relation. Et je lui ai proposé qu'elle soit l'incarnante du documentaire. D'autant qu'elle m'avait fait part de ses questionnements intérieurs. Le fait qu'elle avait déjà fait des burn-out. Qu'elle se posait beaucoup de questions sur l'éthique de son travail, parlant même de "désensibilisation à l'horreur". Qu'elle allait voir une psy. Qu'elle réfléchissait à arrêter… J'ai pris conscience rapidement que ça allait être simple de travailler avec elle. Il y avait des échos dans son histoire, d'autant qu'elle était prête à se dévoiler de manière assez sincère.

Votre documentaire est basé sur une pérégrination et différentes rencontres (youtubeur, journaliste légiste…). Un témoignage vous a-t-il particulièrement marqué lors du tournage ?

Oui, celui de François-Régis Pique. D'une part parce que c'était une séquence assez émouvante à tourner. On parle de quelqu'un dont le conjoint s'est fait assassiner. Il ne sait pas par qui, ni comment. Ça paraît complètement surnaturel. Il était parti chercher du pain et il a disparu. Neuf mois plus tard, on a retrouvé son crâne défoncé dans la montagne. D'autre part parce que j'étais parti le rencontrer en me disant, c'est quelqu'un qui va nous permettre de voir tous les aspects négatifs de la médiatisation. Dire à quel point c'est inhumain. À quel point ça l'a fait souffrir. Mais en fait, c'était tout le contraire. Il nous a expliqué qu'il avait absolument besoin des médias. Et ça, c'est quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Ça m'a surpris. Pour lui, c'est du donnant-donnant pour tenter de faire avancer l'enquête.

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Une phrase du film évoque l'importance de celui qui raconte autant que celui qui écoute : comment vous positionnez-vous ?

Je considère que c'est moi qui raconte. Parce que j'ai écrit le scénario et Liv est mon porte-parole, même si elle n'a rien dit avec laquelle elle n'était pas d'accord. On aurait pu aller sur des sujets plus politiques, c'est-à-dire l'utilisation politique des faits divers et les accointances qu'il peut y avoir entre les chaînes d'infos en continu, l'extrême droite et une certaine prolifération des faits divers dans les informations. Mais ça, c'était des sujets qui étaient très loin des siens. Je l'ai très vite écarté.

Qu'aimeriez-vous que les spectateurs retiennent de ce documentaire ?

J'aimerais bien qu'ils se disent, finalement, que derrière cette histoire de faits divers sanglants, il y a tout un rapport à l'autre et à la société qui se joue. Est-ce que c'est cette vision-là de la société et du monde qu'on veut faire prospérer en étant toujours plus plongé dans ce genre de contenu ? Ou est-ce qu'on a envie de s'intéresser à d'autres choses qui sont peut-être plus politiques ou plus porteuses d'espoir ? Ou encore plus intéressantes pour nous et pour les autres ?

Avez-vous déjà en tête d'autres projets ?

Je suis déjà en développement d'un nouveau projet. C'est un documentaire long format pour Arte qui se passe dans le milieu des super yachts. L'univers des ultra-riches dans cette industrie du luxe. Le tournage devrait commencer en janvier 2027.

“Curiosité morbide” (49 minutes), réalisé par Alexandre Pierrin, est à voir sur France.tv ou YouTube.