Port illégal à Hyères : trente ans d'existence et une découverte tardive
À la suite d'une enquête de deux ans menée par la brigade de surveillance de la gendarmerie maritime de Toulon, un port privé illégal a été découvert à l'Ayguade, à Hyères. Cette activité commerciale, ancrée depuis plus de trente ans sur une parcelle agricole en zone inondable, a stupéfié les autorités et inquiète profondément les usagers.
Une situation bien établie et des usagers déconcertés
Près de 200 bateaux de plaisance sont amarrés sur les bords du canal du Roubaud, dans des conditions précaires : chemin en terre battue, anneaux de fortune, et absence d'infrastructures légales. Michel, un propriétaire d'embarcation, témoigne : « Il faut emprunter un petit chemin rempli de nids-de-poule qui peut donner le mal de mer. » Les usagers, qui louent ces places pour environ 1 800 euros par an, ignoraient pour la plupart le caractère illégal du site.
La gendarmerie a identifié deux parcelles concernées : l'une, agricole, avec des conditions rudimentaires, et l'autre, adjacente au port de l'Ayguade, offrant des commodités comme l'électricité et l'eau. Claude, un plaisancier, souligne cette disparité : « Nous, on a l'électricité, un ponton, alors que là-bas, c'est plus bric-à-brac. »
Des réactions mitigées et des questions en suspens
Les propriétaires des terrains ont été placés en garde à vue, et des saisies bancaires et de véhicules ont été effectuées. La procédure judiciaire, pour infractions aux règles d'urbanisme et blanchiment en bande organisée, est toujours en cours. Cependant, les usagers, réunis au sein de l'Association Nautique de l'Ayguade (Ana), expriment leur incompréhension.
Un membre du bureau de l'Ana s'indigne : « Cela fait des années que la situation existe et les autorités ne se réveillent que maintenant ? Il y a trente ans, on a trouvé cette solution pour pallier le manque de place. » La présidente de l'Ana, Évelyne Curnillon, affirme que la municipalité était au courant, ayant perçu une taxe d'amarrage de 35 000 euros par an pendant plus de 20 ans.
L'inquiétude des plaisanciers face à un avenir incertain
Florian, un usager depuis dix ans, s'inquiète pour l'avenir : « Les gendarmes m'ont fait comprendre qu'à terme, il faudra aller ailleurs. Mais où ? Il y a 25 ans d'attente au port d'Hyères pour avoir un anneau ! » Beaucoup craignent de devoir vendre leurs bateaux ou retourner à la remorque, une perspective peu attrayante après avoir connu la commodité d'un anneau permanent.
Michel, bientôt retraité, ajoute : « On m'a fait comprendre que j'étais verbalisable même si je ne suis pas responsable de la situation. On cherche à nous faire peur. » Malgré cela, la plupart des plaisanciers ont décidé de laisser leurs embarcations sur place, en attendant une décision de justice.
Des accusations et des doutes persistants
La maire nouvellement élue, Véronique Bernardini, affirme avoir découvert l'existence de ce port illégal en lisant la presse locale, une version qui suscite le scepticisme. Un sociétaire de l'Ana s'interroge : « Cherche-t-on à faire payer autrement ce propriétaire ? Cela donne l'impression d'un règlement de comptes. »
Florian relativise : « À l'époque de la création de ce port privé, une autorisation, même verbale, a bien dû être donnée. Ce n'est pas la mafia quand même ! » Cette situation met en lumière les tensions entre réglementation, besoins des plaisanciers et responsabilités des autorités locales.
En attendant, l'eau du Roubaud continue de couler, et les bateaux restent amarrés, dans l'attente d'une résolution qui semble encore lointaine.



