Un port clandestin démantelé à Hyères après trois décennies d'exploitation
La gendarmerie maritime de Toulon a procédé au démantèlement d'un port illégal situé à Hyères, dans le Var. Cette structure, qui louait environ 200 places de bateaux à l'année, opérait depuis près de trente ans sur une parcelle agricole classée en zone inondable, en violation flagrante des réglementations environnementales et urbaines.
Une enquête déclenchée par une épave sous-marine
L'enquête a débuté il y a deux ans, suite à la découverte d'une épave de bateau par 35 mètres de fond au large du Levant. Les gendarmes ont contacté le propriétaire de l'épave, qui a indiqué avoir confié le désarmement à une entreprise louant un anneau « au port de l'Ayguade ». Sur place, les investigations ont révélé des irrégularités massives. « Ça part d'un bateau retrouvé au fond de l'eau. Nous contactons le propriétaire, qui nous indique avoir demandé à l'entreprise qui lui loue un anneau 'au port de l'Ayguade' de s'en débarrasser. Sur place, on découvre que plein de choses ne vont pas… », explique la brigade de surveillance de Toulon.
Des activités illégales en zone inondable
Le port illégal était installé dans le prolongement des quais légaux du canal du Roubaud. Deux entreprises et un couple louaient illégalement 200 emplacements sur un terrain agricole inondable, en infraction avec le Plan de prévention des risques d'inondation (PPRI), le Plan local d'urbanisme (PLU) et les règles d'usage des terres agricoles. « Toute activité commerciale sur un terrain agricole est interdite », souligne la gendarmerie, ajoutant que cette activité constituait une concurrence déloyale pour le port officiel.
Des risques environnementaux et sécuritaires majeurs
L'enquête, menée en collaboration avec la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), l'URSSAF et l'Office français de la biodiversité, a mis en lumière des impacts environnementaux significatifs. Les exploitants avaient creusé le terrain, permettant à l'eau salée de pénétrer dans des terres agricoles, altérant les écosystèmes. De plus, les 200 bateaux amarrés illégalement représentaient un danger en cas de montée des eaux, risquant de « tout détruire autour » et de créer des obstacles sous les ponts.
Un système opaque et lucratif
Les entreprises impliquées opéraient de manière discrète, sans enseigne visible ni présence en ligne, et déclaraient n'avoir aucun salarié malgré une activité sur site. Ces anomalies ont conduit à l'ouverture d'une enquête pour blanchiment en bande organisée. Avec des locations annuelles à 1 800 euros par emplacement, les gains étaient estimés à près de 400 000 euros par an, soit un total potentiel de plusieurs millions sur trente ans.
Saisies et conséquences judiciaires
Les gérants des entreprises et les propriétaires du terrain ont été placés en garde à vue. Les autorités ont saisi des comptes bancaires contenant 3 millions d'euros ainsi que six véhicules. Les locataires des places, ignorants de l'illégalité, sont considérés comme victimes et devront déplacer leurs bateaux rapidement. Une remise en état du site est exigée, et les enquêteurs cherchent à comprendre comment cette activité a pu prospérer aussi longtemps sans être détectée.



