La contestation contre la tournée automnale de Patrick Bruel s'étend. Le maire socialiste d'Amiens, Frédéric Fauvet, a annoncé que le chanteur n'est « pas le bienvenu » dans sa ville, où il doit se produire au Zénith les 14 et 15 octobre. Cette prise de position s'ajoute à celles de plusieurs autres édiles, alors que l'artiste de 67 ans, mis en examen depuis juin et visé par une trentaine de plaintes, doit entamer une tournée de 35 dates à partir du 2 octobre.
Les maires de Strasbourg, Dijon et Chartres se prononcent
Lundi 24 août, la maire socialiste de Strasbourg, Catherine Trautmann, a affirmé avoir demandé au Zénith, où Patrick Bruel doit se produire le 21 novembre, d'étudier les moyens d'empêcher le chanteur de s'y produire. La veille, la maire socialiste de Dijon, Nathalie Koenders, a indiqué « désapprouver totalement » la venue de l'artiste dans sa ville le 23 octobre, jugeant sa présence sur scène « inappropriée ». « [Patrick Bruel] devrait faire preuve de responsabilité et de décence et renoncer à se produire tant que la justice n'aura pas statué », a-t-elle écrit sur son compte Facebook.
La semaine dernière, le maire de Chartres, Ladislas Vergne (DVD), où le premier concert de la tournée est prévu le 2 octobre, s'est également opposé à la venue du chanteur. « Hors de question que Patrick Bruel, dans ces conditions, vienne à Chartres », a-t-il déclaré le 20 août sur RTL. Il a précisé qu'« il n'y a eu ni contrat signé, ni argent versé, il n'y a eu aucun engagement pris de la part de la ville ». Décrivant sur BFMTV « un énorme malaise à Chartres », il a appelé « la société de Patrick Bruel [à prendre] ses responsabilités ». « Il ne nous semble pas envisageable de maintenir cette date à la fois pour laisser la justice travailler sereinement et par respect pour la parole des victimes potentielles. Ce concert n'aura pas lieu », a-t-il affirmé.
Une vague de rejets portée par plusieurs municipalités
Ces maires ne sont pas les premiers à s'opposer à la venue du chanteur. Une vague de rejets s'est mise en place, portée par plusieurs municipalités. Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, avait demandé publiquement dès le 20 mai à Patrick Bruel de renoncer à sa tournée. D'autres avaient suivi, dont ceux de Marseille, Lyon, Nancy, Reims, Laval ou Brest. Le maire de Brest, Stéphane Roudaut, a estimé sur TF1 que, si la présomption d'innocence s'applique en France, elle « n'autorise pas le silence, et notamment le silence des consciences ».
Le maire Les Ecologistes de Tours, Emmanuel Denis, réclamant lui aussi l'annulation de la date prévue, a déclaré par la voix de son cabinet à BFMTV que « maintenir ce concert alors que de telles accusations s'accumulent reviendrait à ignorer la parole de très nombreuses femmes et à minimiser la gravité des faits reprochés », bien qu'il dise « respecter la présomption d'innocence ». À Montpellier, Michaël Delafosse a écrit sur son compte X que Patrick Bruel « n'est pas le bienvenu à Montpellier ». « Nous sommes du côté des femmes qui courageusement prennent la parole », ajoute-t-il. « S'il appartient à la justice de déterminer les suites des plaintes déposées à l'encontre de Patrick Bruel, les paroles des femmes qui ont déposé plainte doivent être entendues », écrit-il également. « Elles relatent un comportement de prédateur sexuel, faisant de lui un véritable Docteur Jekyll et Mister Hyde ».
Des positions contrastées et un pouvoir limité des maires
À Caen, où une date est prévue le 19 octobre, le maire divers droite Aristide Olivier a prévenu dans un communiqué transmis vendredi à BFMTV qu'il serait « particulièrement attentif aux conditions dans lesquelles se dérouleront les concerts programmés avant celui de Caen », ajoutant qu'il prendrait « toutes les mesures nécessaires » en cas de « risque avéré de trouble à l'ordre public ». Il avait déjà invité, en mai, Patrick Bruel à « se mettre en retrait de toute vie publique ».
D'autres mairies ont au contraire refusé d'appeler à l'interdiction des concerts, note BFMTV, comme à Toulouse, où le maire Jean-Luc Moudenc, sans étiquette mais soutenu par la droite et Renaissance, n'a pas souhaité l'annulation de la date prévue au Zénith, invoquant la présomption d'innocence. Idem notamment pour la mairie LR de Limoges. Toutes ces prises de position n'ont qu'une portée symbolique : les maires ne peuvent pas, à eux seuls, empêcher la tenue d'un concert – cette décision revient aux préfets, qui peuvent décider d'une interdiction en invoquant, par exemple, un risque de trouble à l'ordre public. Aucune décision en ce sens n'a été prévue pour le moment.
La tournée maintenue malgré les appels à la mobilisation
Patrick Bruel est mis en examen dans quatre dossiers de violences sexuelles et a été placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres. Il est, en tout, visé par une trentaine de plaintes, notamment pour viol. Fin juillet, son contrôle judiciaire a été assoupli à sa demande pour l'autoriser à quitter le territoire français, une décision dont le parquet a fait appel.
Du 2 octobre au 21 novembre, Patrick Bruel doit partir en tournée pour célébrer les 35 ans de l'album « Alors regarde ». Au programme, 35 dates qui passeront dans les plus grandes salles françaises, dont le Zénith de Paris. Si le chanteur avait annulé fin mai tous ses concerts jusqu'en septembre, il n'entend cette fois pas faire de même : dans son numéro paru vendredi, le magazine people « Voici » affirme qu'il a bien l'intention de maintenir sa tournée d'automne. Outre l'aspect financier, le magazine affirme que ce maintien s'inscrit dans une « posture de combat », Patrick Bruel ayant, selon « Voici », « constaté un regain d'engagement de la part de ses admirateurs sur les réseaux sociaux ».
D'ici l'automne, les appels à la mobilisation, qui émanent notamment de collectifs féministes, se poursuivent. Fin mai, des associations s'étaient déjà rassemblées devant le théâtre Edouard-VII contre la présence de Patrick Bruel dans une pièce. Le théâtre avait finalement pris la décision d'annuler plusieurs représentations.



