En principe, les commissions d'examen des vœux formulés par plusieurs milliers de lycéens chaque année sur Parcoursup s'appuient principalement sur leurs notes. Pourtant, si les noms, prénoms et adresses des candidats sont masqués pour éviter d'éventuelles discriminations, le nom du lycée reste bien visible. Une information loin d'être anodine, car le niveau de l'établissement pourrait ainsi entrer en ligne de compte et créer des inégalités.
Des témoignages contrastés
Xavier, qui a effectué sa terminale dans un lycée classé dans le top 80 parisien, explique : « J'avais demandé plusieurs facs de droit à Paris. J'ai été accepté d'office à l'Université de Cergy. Mais pour tout le reste, j'étais sur liste d'attente. » Malgré une moyenne générale de 14,5 en terminale, ses vœux sont restés bloqués. « Je suis persuadé que la réputation de mon lycée a eu un impact sur mes résultats », assure-t-il, dépité.
À l'inverse, Rayan, scolarisé dans l'un des quinze meilleurs lycées parisiens, a décroché la filière la plus sélective de la capitale, la fac de droit d'Assas, avec la même moyenne de 14,5. « Il s'agissait de mon premier vœu. Je suis persuadé que la réputation de mon lycée a eu un impact positif sur Parcoursup », estime-t-il.
Des contre-mesures insuffisantes ?
Jérôme Teillard, chargé de projet Parcoursup au ministère de l'Éducation nationale, reconnaît que « les gens ont du mal à s'y retrouver ». Il assure que l'État a mis en place des contre-mesures, notamment « une harmonisation des critères d'évaluation depuis 2020 », « l'accès au rang de l'élève et aux appréciations », et « l'intégration d'épreuves nationales, comme le français et les mathématiques, sur lesquelles les universités s'appuient pour contextualiser les dossiers ».
Malgré tout, certains enseignants de « grands » lycées, souvent jugés plus sévères, gonflent artificiellement les notes de leurs élèves pour contrer l'algorithme. Une pratique courante qui déforme la réalité et défavorise les élèves issus de lycées moins prestigieux.
L'anonymisation du lycée divise
Annabelle Allouch, maître de conférence en sociologie à l'université de Picardie-Jules Verne, spécialiste des inégalités scolaires, soutient que le poids du lycée reste difficile à identifier, mais « cela ne veut pas dire que ça n'existe pas ». Quant à l'anonymisation du lycée, elle nuance : « Ce n'est pas forcément une solution, dans la mesure où cela joue en la faveur de certains élèves. »
Si le défenseur des droits, la Cour des Comptes et des parlementaires sont favorables à l'anonymisation pour éviter des biais, le ministère, les universités et les professionnels de l'éducation y restent opposés.
Un contexte de sélection accrue
Selon les chiffres du gouvernement, 60 universités sur 75 étaient déficitaires en 2024, entraînant la suppression de 30.000 places en licence et master pour la rentrée 2025. La sélection s'est durcie, exacerbant les inégalités. Une note ministérielle de novembre 2025 indique que 6 % des bacheliers, soit plus de 20.000 jeunes, n'ont reçu aucune proposition d'admission à l'issue de la phase complémentaire de Parcoursup l'année dernière.
Le simulateur d'entraînement de Parcoursup a été testé vingt millions de fois cette année, mais la plateforme reste perfectible et contestée, pointée du doigt par le Conseil constitutionnel pour son manque de transparence.



