Son nom fait frémir mais, plusieurs décennies après les faits, les crimes d'Emile Louis, aussi appelé « le boucher de l'Yonne », ne sont plus présents dans toutes les mémoires. Alors que de nouvelles fouilles ont lieu à partir de ce lundi, près d'Auxerre, dans le « cimetière » de ce tueur en série, retour sur cette affaire emblématique.
Un parcours criminel glaçant
Emile Louis a été condamné pour l'assassinat, entre 1975 et 1979, de sept jeunes filles handicapées. Avant son décès en 2013 à l'âge de 79 ans dans la prison de Nancy, il a avoué avoir enterré sept jeunes handicapées mentales dans une zone de champs et de sous-bois située à Rouvray (Yonne), près d'Auxerre. Les nouvelles recherches doivent permettre de retrouver les dépouilles de victimes, connues voire inconnues.
Sa condamnation à la prison à perpétuité en 2004, assortie d'une peine de sûreté de 18 ans, avait été confirmée par la cour d'assises d'appel de Paris en 2006. Il avait également été condamné à trente ans de réclusion criminelle avec une sûreté de 20 ans pour viols avec torture et actes de barbarie sur sa seconde épouse et agressions sexuelles sur la fille de celle-ci.
Une enquête laborieuse et erratique
Le gendarme Christian Jambert, de la brigade d'Auxerre, est le premier à l'auditionner dans le cadre de la disparition de Martine Renault, en décembre 1979. Alors chauffeur d'autocar, Emile Louis l'avait transportée. La disparition de la première jeune fille, Françoise Lemoine, remonte, elle, à 1975.
En 1981, le même gendarme enquête sur la disparition de Sylviane Lesage, maîtresse d'Emile Louis, dont le corps a été découvert à Rouvray. Il s'aperçoit alors que la compagne de Louis héberge trois jeunes filles confiées à l'assistance publique (aujourd'hui l'aide sociale à l'enfance) qui dénoncent des attouchements pour lesquels il sera condamné à quatre ans d'emprisonnement en 1983.
Le dossier sur la disparition de Sylviane Lesage se conclut par un non-lieu. Cela entraîne le classement d'une troisième enquête sur la disparition de six jeunes filles qui, pour la plupart, avaient recours au car scolaire qu'Emile Louis conduisait.
Des jeunes filles placées et handicapées prises pour cibles
Dès juin 1984, le gendarme Jambert remet au parquet une synthèse établissant que ce chauffeur est le point commun entre toutes les disparues, confiées à l'assistance publique ou à l'Institut médico-éducatif Grattery, d'Auxerre. Pourtant quand les familles des disparues de l'Yonne portent plainte en 1996, ce dossier qui a été un peu mis de côté par la justice, est considéré comme prescrit. L'enquête reprend néanmoins à partir de cette date, mais sans le gendarme Christian Jambert, décédé en 1997.
Les victimes d'Emile Louis, âgées de 15 à 25 ans, étaient déficientes mentales légères et ont été portées disparues dans la région d'Auxerre entre 1975 et 1979. Emile Louis est arrêté le 12 décembre 2000 dans le camping du Var où il a élu domicile après sa sortie de prison, en 1989. Croyant l'affaire prescrite, il avoue avoir tué sept jeunes filles après des relations sexuelles entre 1975 et 1979.
Il revient « intégralement » sur ses aveux le 16 janvier 2001 mais il est mis en examen pour les assassinats de ces sept jeunes filles, le 6 mars 2002. La Cour de cassation a jugé que rien n'était prescrit. Ancien enfant placé lui-même, il est décrit comme un pervers dangereux par les experts psychologues, lors de son procès.
D'autres victimes à découvrir ?
Les recherches visent également à exhumer d'éventuels restes d'une huitième victime potentielle, Marie Jeanne Ambroisine Coussin, dont le crâne a été découvert en décembre 2018 sur le même site de Rouvray. Seuls deux squelettes ont été retrouvés au fil des années d'enquête dans cette affaire et les cinq autres victimes restent sans sépulture.
L'association de défense des handicapées de l'Yonne (ADHY), partie civile dans l'affaire, estime que d'autres corps pourraient être découverts à la faveur de ces nouvelles fouilles. De précédentes recherches avaient eu lieu à l'automne 2024 puis en mai 2025. Lors de ces dernières, un gendarme avait accidentellement perdu la vie sur les lieux des fouilles. Aucune opération n'avait permis d'avancée concluante.
Les fouilles lancées ce lundi doivent durer une quinzaine de jours.



